Conseils à Theo

Anathème • le 14 octobre 2017
migration, Asile, NVA.

La politique belge en matière d’asile et d’immigration est régulièrement la cible de critiques acerbes. Évidemment, Theo Francken (N-VA), le très populaire secrétaire d’État en charge de la matière, constitue une cible de choix pour les gauchistes rabiques et autres bobos-communistes.

Monsieur Francken est-il dans la ligne de mire du fait d’une politique en rupture avec les options de ses prédécesseurs ? Aurait-il franchi une quelconque ligne rouge ? Succèderait-il à de vertueux socialistes, humanistes ou libéraux, pétris d’idéalisme et de compassion ? Certes non ! Non seulement il ne fait qu’appliquer des principes exprimés de longue date par son parti, mais en outre, si sa politique peut sembler musclée, elle n’en est pas moins dans le droit fil de ce que pratiquaient depuis longtemps l’ensemble des partis ayant constitué les gouvernements fédéraux des quinze dernières années (au moins). Il faut donc voir en Theo Francken un héritier du gouvernement Di Rupo, autant qu’un précurseur de la politique ferme qui, demain, sera acceptée par tous.

Rien, finalement, que de très banal dans ce que fait Theo, si ce n’est qu’il le fait clairement et sans prendre de mine dégoutée. Se moquer comme d’une guigne des morts en Méditerranée, classer comme « surs » des pays en guerre où les droits de l’homme sont un rêve lointain, séparer les familles, harceler les migrants en rue, refuser l’aide sociale, faire des demandeurs d’asile des suspects, enfermer adultes et enfants est chez nous sont des pratiques courantes depuis longtemps.

Pourquoi tant de haine, alors ? Il me semble que cela tient pour l’essentiel à un problème de méthode : Theo applique des procédés datés. Pour tout dire, il est has been, ce qui, convenons-en, est grave. Nous ne sommes plus dans les années 1930, que diable ! Il est grand temps pour lui (et pour ses successeurs) de prendre acte de l’évolution des sensibilités. Certes, les étrangers peuvent continuer de tomber comme des mouches, peu nous chaut, mais il est des choses qui nous sont devenues intolérables, comme la gestion unilatérale de dossiers qui relèvent de l’intérêt général. Il est temps pour les politiques de se réveiller : nous sommes entrés dans l’ère de la démocratie participative ou, en tout cas, de la gestion participative.

Il est donc grand temps de doter d’une dimension participative les instances de restriction du droit d’asile, telles que la police, le secrétariat d’État à l’Asile et à l’Immigration ou l’Office des étrangers. Un premier pas pourrait être de prendre exemple sur l’intégration des syndicats dans la direction des institutions de harcèlement des chômeurs et de restriction de l’accès aux droits sociaux, telles que le Forem ou Actiris. Voyant de l’intérieur la difficulté et l’intérêt qu’il y a à persécuter les plus faibles, les organisations syndicales ne contestent plus guère le système mis en place par les gouvernements successifs et veillent même docilement à son application. À n’en pas douter, l’exemple est transposable aux politiques migratoires. En effet, critiquer de l’extérieur est tâche bien aisée, mais gérer ces problématiques de manière médiatiquement rentable est une autre paire de manches.

On peut imaginer que des personnes se vivant comme des défenseurs des migrants répugneront à s’impliquer dans leur oppression. De même, les acteurs impliqués dans le processus de démantèlement du droit d’asile auront certainement des préventions à travailler aux côtés de bobos d’extrême gauche prêts à sacrifier leur nation pour se donner bonne conscience. Mais, c’est un fait, l’époque n’est plus aux stériles affrontements entre camps éternellement opposés. Seule est efficiente la participation à la gestion de projets communs. Il faut pouvoir discuter et travailler avec tout le monde et abandonner les préventions et crispations d’un autre âge qui faisaient considérer à certains, par exemple, que les fascistes étaient peu recommandables. La recherche d’efficacité oblige en effet à reconnaitre qu’ils obtinrent des succès dont il serait regrettable de se priver. Leur enthousiasme, leur sérieux et leur amour du travail bien fait ne peuvent être négligés sous prétexte qu’ils auraient quelques travers ou pour de vagues questions idéologiques. De toute façon, aujourd’hui, il faut « en être » ou bien se taire. Et messieurs Francken et Jambon ont tout en main pour présenter cette alternative aux éventuels récalcitrants.

Nous suggérons donc à Monsieur Francken de faire évoluer ses méthodes de travail. Quand les comités de soutien aux sans-papiers auront été associés à la direction de l’Office des étrangers, quand les centres fermés seront cogérés avec les militants du mouvement No Border et incluront une représentation des stakeholders que sont les personnes qui y sont gracieusement hébergées, quand le Ciré (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers) collaborera à l’organisation des expulsions et aux négociations avec les États d’origine, quand les citoyens ordinaires pourront participer, aux côtés de la police, à la confiscation des biens des réfugiés, il y a fort à parier que les positions tranchées s’éroderont et que les qualités de pragmatisme de Monsieur Francken apparaitront aux yeux de tous, y compris de ses adversaires d’hier. Rien de tel que des objectifs chiffrés, un plan d’action, la gestion d’un budget plus étique d’année en année et quelques mises en cause dans les forums en ligne pour faire comprendre à chacun la nécessité de faire tourner la machine sans faiblir.

Qu’y a-t-il du reste de plus enthousiasmant que de voir l’ensemble des forces vives de notre pays unies dans la poursuite d’un but commun, dans l’analyse d’un diagramme de flux, dans la recherche d’économies ou dans la création d’emplois au sein des forces de sécurité ou de supplétifs privés ? Il ne fait pas de doute qu’un jour Monsieur Francken sera salué pour son œuvre de refondation de notre communauté nationale.


Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s’est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd’hui le regard lucide d’un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes.
Son expérience du pouvoir l’incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d’ordre dans ce monde qui va à vau-l’eau.