Comment la société de la connaissance se méconnaît-elle ?

Luc Van Campenhoudt

En consacrant certaines manières de se connaître, la société de la connaissance s’en interdit d’autres. Les processus de connaissance sont indissociablement institutionnels. D’eux dépendent, pour partie, le succès ou l’échec des théories, des méthodes et, plus largement des manières de penser. Dès lors, il faut étudier « comment pensent les institutions » et changer les institutions plutôt que les individus. La « société de l’information » constitue l’utopie d’une société idéale qui sous-tend le rapport des décideurs au savoir scientifique. Sa suprématie s’est bâtie au cours d’un long processus historique qu’il faut reconstituer afin d’en bien saisir les enjeux. Pour décider et légitimer ses décisions, le politique a tendance à s’appuyer sur les savoirs scientifiques considérés comme les plus légitimes, qui bénéficient du privilège de l’évidence.