Chrétiens d’Orient, le risque de la compromission

Pascal Fenaux • le 10 septembre 2015

Au rythme des flots mortifères de la Méditerranée, davantage de citoyens européens prennent enfin la mesure de l’invraisemblable tragédie qui se déroule en Syrie depuis le printemps 2011. Parmi les Européens qui n’ont pas attendu l’exode de cet été 2015 pour agir, certains le font cependant pour des motifs inavoués.

Depuis plus de quatre ans, des ONG, quelques journalistes censément blanchis sous le harnais et une myriade de mouvements souverainistes, laïcs, catholiques conservateurs, d’extrême droite ou d’extrême gauche se laissent aveugler ou enivrer — c’est au choix — par la propagande d’un régime syrien qui, encore et toujours, se pose en défenseur des minorités, chrétiennes de préférence, et en bastion contre « l’impérialisme », « le sionisme » ou « l’islamisme ».

Ainsi, en juillet dernier, on apprenait incidemment que Theo Francken, le très conservateur, martial et nationaliste « néo-flamand » secrétaire d’État (fédéral) à l’Asile et aux Migrations, avait approuvé une opération d’exfiltration de 244 chrétiens syriens proposée par Logia, un « groupe de réflexion » flamand rassemblant des personnalités catholiques et laïques [1]. Le 15 août, ce sont les cloches des églises de France, de Navarre et des Belgiques qui sonnaient à l’unisson « en communion avec les chrétiens d’Orient ».

En outre, depuis le début de ce mois de septembre, plusieurs médias écrits et audiovisuels belges francophones diffusent conjointement des reportages réalisés de toute évidence en groupe dans la Syrie encore tenue par l’armée syrienne, les milices pro-iraniennes et les conseillers russes, reportages que l’on nous présente pourtant (on n’est jamais trop prudent) comme libres de toute contrainte de la part du régime. Si la situation n’était à ce point insoutenable et si les rapports relatifs aux exactions de masse commises par le régime n’étaient à ce point terrifiants, cette dernière précision aurait de quoi provoquer un fou rire nerveux.

Mais il n’y a pas de quoi rire. Dans toutes ces actions « désintéressées » et dans tous ces reportages « libres », les musulmans syriens (sunnites), pourtant eux-mêmes largement victimes des atrocités commises, tantôt par le régime baasiste syrien, tantôt par l’« État islamique », semblent faire office de pâles figurants résignés à soutenir Bachar el-Assad (pour le meilleur) ou de potentiels tueurs en série islamistes christianophobes (pour le pire).

Le pire, c’est par exemple cette vidéo virale postée le 7 septembre sur Internet par les pseudo-républicains et vrais islamophobes de Riposte laïque. On y voit une jeune Syrienne s’exprimer sur une place de Belgrade : « Les personnes que vous voyez dans les rues de Belgrade en route pour l’Allemagne ou la Hollande, ne sont pas de vrais Syriens. Laissez-moi vous poser cette question : si l’Occident ne veut pas que ces réfugiés périssent en mer, pourquoi ne lève-t-il pas les sanctions qui pèsent sur le peuple Syrien qui ont déjà coûté 143 milliards de dollars à la Syrie ? Si ce n’est pas dans l’agenda de l’Occident, pourquoi n’aide-t-il pas les Syriens à rester [chez eux] en aidant l’armée syrienne à se débarrasser des terroristes et faire de la Syrie un pays sûr de nouveau ? »

Le détail qui tue mais qui est explicitement assumé par Riposte laïque, c’est que la jeune Syrienne en question s’exprime lors d’une manifestation organisée par Obraz (« Honneur », en serbe), un mouvement politique clérico-fasciste orthodoxe, xénophobe, anti-bosniaque, antimusulman, antisémite et panserbe que la Cour Constitutionnelle de Belgrade a frappé d’illégalité en 2012. Ils sont décidément beaux les défenseurs de la Syrie « laïque et républicaine », victime depuis plus de quatre ans d’un complot « occidentalo-sionisto-islamiste ».

Avant de poursuivre ce texte, une précision s’impose. Il ne s’agit pas ici de délégitimer l’élan de solidarité spontanée qui, depuis le début du mois de septembre, mobilise des milliers de citoyens ouest-européens désireux de venir en aide aux réfugiés syriens affluant sur leur territoire. Il s’agit plutôt de s’interroger sur les motivations inavouées, les arrière-pensées politiques et l’inconscient de toute une série d’initiatives organisées (et non spontanées) prises en faveur d’une partie seulement des Syriens les chrétiens.

Comme on l’a vu ci-dessus, certains secteurs d’opinion sont tout simplement motivés par leur propre aversion antimusulmane ou antisémite, une haine qu’ils projettent sur « leurs » Syriens. Dans l’inconscient de beaucoup d’Occidentaux (laïcs ou croyants), subsiste le fantasme d’un monde arabe dont les identités culturelles musulmanes majoritaires seraient niées voire effacées, et où, ô délices du paradoxe, les identités culturelles chrétiennes minoritaires seraient, elles, conservées et valorisées.

Délices de la spéléologie théologique

Si l’on ne compte plus les petits spéléologues de l’islam capables de s’engouffrer dans les moindres recoins du Coran et de la Tradition post-coranique pour en ramener les indices de l’Apocalypse islamiste qui attend l’Occident, il est par contre regrettable – et révélateur – que les « chrétientés d’Orient » et leurs corpus théologiques ne fassent pas l’objet du même zèle spéléologique.

S’il s’agit de conserver et valoriser les identités culturelles chrétiennes d’Orient, alors parlons-en. De quels chrétiens et de quelles chrétientés d’Orient parle-t-on ? Pour le savoir, sacrifions, nous aussi, au rituel spéléologique et commençons par une petite plongée linguistique et sémantique dans les dictionnaires araméens et les dogmes assyro-chaldéens qui constituent, peu ou prou, le socle sur lequel se sont développées par la suite les chrétientés arabophones.

« Zāqûpā / Zoqûfo celui qui crucifie, crucifier, sâlib ; juif, jew, yahûdî ». Voilà l’une des métaphores syriaques (ou « araméennes ») qui se nichent dans les corpus liturgiques assyro-chaldéens pour désigner le Juif. Cette métaphore fleure bon le vieil antijudaïsme chrétien et l’accusation « déicide » portée à l’encontre du peuple juif, jusqu’à ce que le Concile de Vatican II (1962-1965) organisé par l’Église catholique vienne remettre de l’ordre en élaguant très largement sa litanie d’exécrations.

Or, ledit Concile n’engageait et n’engage toujours pas plusieurs Églises d’Orient (arabophones ou araméophones) n’ayant pas de lien dogmatique avec Rome. Ainsi, la métaphore « déicide » évoquée ci-dessus se trouve à l’origine dans un dictionnaire syriaco-franco-anglo-arabe [2] dont la première édition a été publiée en 1963 par l’Imprimerie catholique de Beyrouth. Et, en 2002, cette entrée trouve toujours sa place dans la troisième et dernière édition, publiée cette fois par Dâr El-Machreq (« La Maison de l’Orient ») et distribuée par la Librairie orientale de Beyrouth.


Le Dictionnaire syriaco-franco-anglo-arabe utilise l’alphabet araméen occidental cursif (serto ou « syriaque »). À côté de l’entrée « Zoqufo/Zāqupā », nous avons ajouté (entre parenthèses, de gauche à droite) le terme classique « Zāqūfā » en alphabet oriental (« chaldéen ») et en alphabet « impérial » (en référence aux empires néo-assyrien et achéménide).
Cet antique alphabet « impérial » a survécu jusqu’à nos jours grâce à la littérature juive postexilique, quelle que soit sa langue (hébreu biblique, hébreu mishnique, araméen, judéo-araméen, judéo-arabe, judéo-castillan, yiddish et hébreu moderne ou israélien).
D’où sa qualification « hébraïque » usuelle.

Une judéophobie qui ne doit rien à l’islam

Pour le moins rugueuse, cette définition doit évidemment être contextualisée. De nos jours, le néo-araméen ne dispose que de peu de dictionnaires bilingues. Ces derniers sont surtout l’œuvre de travaux entamés à la fin du XIXe siècle et du début du XX<sup<e siècle par des linguistes ou des théologiens occidentaux orientalistes, le plus souvent à des fins strictement théologiques il s’agit de traduire et comprendre tel terme ou telle métaphore syriaque utilisée dans les liturgies assyro-chaldéennes. Ces dictionnaires sont donc fort logiquement imprégnés du contexte religieux judéophobe (préislamique et pré-arabe) dans lequel s’est développé puis replié le monde chrétien byzantino-araméen entre le II<sup<e siècle d’avant l’ère chrétienne et le VIII<sup<e siècle de notre ère.

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Un autre élément de contexte est davantage politique. Cette définition « déicide » exprime un antijudaïsme chrétien « oriental » très vivace et antérieur à deux développements politiques a priori antagoniques, d’une part, la montée en puissance des fascismes antisémites racialistes européens dans la première moitié du XXe siècle et, d’autre part, l’implantation progressive en Palestine arabe d’une société juive pré-israélienne, de langue néo-hébraïque et principalement originaire d’Europe orientale, son accession à l’indépendance politique sous la forme d’un État-nation en 1948 et, enfin, l’exode et l’expulsion de la majorité des Arabes de Palestine, les Palestiniens, en 1947-1949.

Dès la première vague d’immigration et d’implantation juive est-européenne en Palestine, les premiers cercles politiques et culturels orientaux à sonner l’alarme contre la mise en pratique de l’utopie sioniste (un État juif en Palestine arabe et, surtout, en Terre Sainte) et le risque — réel et tangible — d’un déracinement des Arabes de Palestine (les Palestiniens contemporains, musulmans et chrétiens) seront issus des minorités chrétiennes arabophones et araméophones. La résistance au sionisme politique et le développement d’une identité nationale palestinienne seront d’ailleurs dans un premier le temps le fait des Arabes (palestiniens) chrétiens.

Mais, revers de la médaille, de longue date travaillées au corps par un antijudaïsme bien plus virulent et structurel que les majorités musulmanes, les minorités chrétiennes seront également en première ligne dans la réception et la diffusion dans tout le Moyen-Orient des « Protocoles des Sages de Sion », ce faux antisémite confectionné par l’administration de la Russie tsariste et censé prévenir l’humanité de l’élaboration d’un projet de domination juive mondiale par de mystérieux « Sages de Sion ».

Splendeurs et misères des chrétientés d’Orient

Mais revenons-en au monde araméen. Longtemps lingua franca du Moyen-Orient (en concurrence avec le grec des administrations impériales romaine puis byzantine), l’araméen a été progressivement supplanté par la langue arabe à partir des VI<sup<e et VII<sup<e siècles de l’ère chrétienne, à mesure que se stabilisaient militairement et politiquement les conquêtes arabo-islamiques menées par les contemporains de Mahomet et de ses successeurs immédiats.

D’une part, les populations araméophones du Moyen-Orient septentrional se sont d’autant plus massivement arabisées sur le plan linguistique que, en vertu de flux migratoires et commerciaux intenses et séculaires, la langue arabe de leurs conquérants ne leur était plus étrangère depuis longtemps et que l’alphabet arabe définitivement fixé par le Coran et les Traditions post-coraniques empruntait largement aux diverses graphies araméennes. Un cas exemplaire est celui des Maronites, dont le corpus liturgique est purement et simplement une arabisation du corpus syriaque.

D’autre part, que ce soit de gré ou de force, les populations « araméennes » se sont d’autant plus majoritairement converties à la religion islamique que le monothéisme rigoureux incarné par cette dernière était à l’origine un syncrétisme empruntant aux paganismes préislamiques de la péninsule arabique et, surtout, aux religions chrétienne et juive du Moyen-Orient septentrional de l’époque. Malgré la haine corse qui les opposait, cette araméanité du Moyen-Orient septentrional était en quelque sorte le « bien commun » des majoritaires chrétiens et des minoritaires juifs jusqu’à l’avènement de la religion islamique…

Minorisées et le plus souvent repliées dans les zones montagneuses du nord du Moyen-Orient, les communautés chrétiennes assyro-chaldéennes (c’est-à-dire non arabophones) et leurs langues vernaculaires contemporaines, regroupées sous le terme de « néo-araméen », ont enduré diverses phases de persécutions. Parmi les plus notables et les plus récentes le génocide ottoman de 1915 (concomitant à celui commis contre les Arméniens), la répression des revendications minoritaires araméennes par la République turque héritière de Mustapha Kemal Atatürk, le nationalisme kurde de l’entre-deux guerres, les campagnes de nettoyage ethnique et d’arabisation forcée entreprises par le régime baasiste irakien dans les années 1980-1990 (contre l’irrédentisme kurde et frappant indistinctement les minorités assyro-chaldéennes du Kurdistan) et, enfin, l’émergence de l’« État islamique » en 2013-2014, aux confins de la Syrie et de l’Irak.

Des hiérarchies chrétiennes xénophobes et compromises

On s’en doute, ce n’est pas précisément mus par une judéophilie refoulée que les responsables de l’État islamique et leurs miliciens persécutent, expulsent ou massacrent les membres des dernières communautés chrétiennes arabes ou assyro-chaldéennes d’Irak et de Syrie, ainsi que les membres d’autres minorités ethno-confessionnelles ou les membres rétifs des majorités musulmanes.

Mais il s’agit ici de rappeler que, même persécutée, minoritaire ou martyre, toute communauté n’en est pas moins dépositaire d’un tissu complexe et contradictoire de pratiques, de mémoires et de rapports au monde et à l’Autre qui lui appartiennent en propre. Avec son lot d’exécrations. Et de compromissions.

Les exécrations, parlons-en. Il y a exactement trois ans, dans les colonnes de Courrier international [3], le père jésuite italien Paolo Dall’Oglio (porté disparu depuis juillet 2013), restaurateur du monastère syriaque de Mar Moussa el-Habachi (Saint-Moïse l’Abyssin) et défenseur passionné de la révolte syrienne de février 2011, s’exprimait en ces termes. « Il y a une convergence paranoïaque entre, d’une part, des nationalistes identitaires, anti-impérialistes ou catholiques traditionalistes, et, d’autre part, des militants de gauche anti-impérialistes. Le tout au nom d’une solidarité quasi mystique avec les Palestiniens, contre Israël, voire contre les Juifs. La juste cause du peuple palestinien – reconnue par le droit international – n’est qu’un masque destiné à protéger les intérêts prosaïques d’un régime génocidaire et mafieux et à nier la juste cause du peuple syrien. »

« Dans le fond, il n’est pas étonnant que les derniers alliés objectifs du régime syrien soient ceux qui ont toujours nié le génocide du peuple juif et, aujourd’hui, nient la révolution du peuple syrien. Certains, au sein de ce que j’ai du mal à appeler la “gauche”, le font d’une façon plus ou moins politiquement correcte, tandis que d’autres reproduisent sans broncher le discours de certains ecclésiastiques syriens qui n’ont jamais renoncé à s’appuyer éhontément sur un corpus évangélique antijuif. »

S’agissant des compromissions, un an plus tôt, dans les colonnes du quotidien Le Monde, Marie Mamarbachi-Seurat, veuve de l’irremplaçable chercheur français Michel Seurat [4] décédé en captivité au Liban en 1986, prenait violemment à partie les hiérarchies chrétiennes de Syrie [5]. Précision cette tribune fut publiée in tempore non suspecto, c’est-à-dire avant la militarisation d’un soulèvement syrien jusqu’alors pacifique, la montée en puissance de groupes islamiques armés, la déroute des autres mouvements d’opposition et l’émergence de Daech. Le nombre de civils abattus par les forces du régime ou décédés sous la torture avoisinait déjà les 5.000 morts.

« Je fais partie de la communauté syriaque, la plus minoritaire des minorités, celle qui a fui l’Anatolie lors des massacres des Arméniens en 1915. […] Aujourd’hui, je ne m›inclinerai plus devant vous, éminences. […] Aucun diocèse, évêché, archevêché ou patriarcat ne s’est exprimé sur les exactions [du régime baasiste]. […] Je peux admettre que nous, chrétiens, puissions avoir peur. Peur du passé, anticipant un futur incertain. L’islamisme ? J’en ai été l’une des premières victimes. Jusqu’à hier, j’adhérais au discours sécuritaire des dirigeants alaouites clamant haut et fort que, sans leur protection, Dieu seul sait ce que nous, chrétiens, pourrions devenir. Que sommes-nous devenus ? Des moutons attrapés au lasso, isolés dans l›enclos d›églises qui nous séparent de ceux avec qui nous avons toujours vécu. Depuis quarante ans, qu’ont-elles fait d›autre que de nous assujettir ? Nous sommes devenus les serfs de ceux qui, pour régner, ordonnent Shoot to kill (« Tirez pour tuer »). Dieu merci, certains jeunes [chrétiens] s’en affranchissent […]. Hier encore, Myriam H. placardait sur les murs de son quartier un appel aux chrétiens de la porte Saint-Thomas à rejoindre la manifestation du vendredi prévue dans le quartier musulman de Midane. La jeune femme n’a pas reparu depuis. »

« Paris, le 12 septembre [2011]. Il a fallu le détonateur Michel Kilo [6] pour entendre deux patriarches s’exprimer sur les exactions subies par les Syriens. [Face] au maronite, [je] reste bouche bée. […] Son Éminence donne une leçon d’Orient aux prélats de France en leur précisant que, en Orient, les problèmes de l’Orient doivent être résolus avec la mentalité de l’Orient. […] Celle des despotes, décrite dans les récits des voyageurs où le grand vizir se délecte devant le supplice de l’empalement ou de l’écorchement, châtiments, paraît-il, typiquement orientaux. Je crains aussi que le patriarche maronite pense tout bas ce que j’ai déjà souvent entendu tout haut au sujet des musulmans. Ils ne sont pas capables de démocratie. Des animaux, il n’y a que la force pour les administrer. […] L’Histoire suivra son cours qu’on le veuille ou pas, et nous passerons peut-être au travers du tamis. Nous assistons sans doute, en temps réel, à notre dislocation. Mais, de grâce, Ô Éminences, du moins celles d’entre vous qui ne se sont pas encore exprimées — Grecs et Arméniens orthodoxes, Arméniens catholiques, syriaques et jacobites, chaldéens et autres —, taisez-vous ! Épargnez à notre peine la honte d’une alliance avec les assassins. »

Ce message poignant et débordant de rage impuissante, nous pourrions l’adresser à nos propres responsables politiques. Ainsi, au moment de boucler cet article, il semble que plusieurs chancelleries occidentales, non contentes de ne pas avoir fait respecter les lignes rouges qu’elles avaient signifiées au régime syrien (le recours aux armes chimiques était censé être un casus belli), sont en passe de lâcher du lest face régime syrien. Bien entendu, les mobiles invoqués sont la protection des minorités non musulmanes et la lutte contre l’ennemi commun Daech. Alors, oui, de grâce, épargnez-nous la honte d’une alliance avec les assassins.

[1Caroline Hayek, « Pourquoi l’exfiltration secrète de 244 chrétiens d’Alep par Bruxelles via Beyrouth sème-t-elle le doute ? », L’Orient-Le Jour, 11 juillet 2015. « Qui sont ces heureux élus qui se sont vu octroyer un passeport pour une nouvelle vie ? Qui les a aidés ? Pourquoi leur départ précipité laisse planer le doute au sein de la communauté chrétienne d’Alep ? Dans Alep, en proie au chaos, les rumeurs n’ont pas tardé à se propager. Quitter Alep en trois, quatre jours de cette manière, comment est-ce possible ? Les gens qui les ont aidés doivent être très puissants. Et sur la base de quel véritable “critère” ont-ils été choisis ?, s’interroge Élias [pseudonyme], un père de famille chrétien habitant à Alep. Je peux vous dire qu’ici on s’interroge sur ces départs précipités, un peu louches, nous rapporte Élias. Selon cette source, plusieurs familles ont été stupéfaites de voir que certains de leurs membres s’étaient enfuis sans faire leurs adieux. […] Selon le quotidien De Standaard, un responsable de la communauté maronite à Alep a affirmé que ces familles sont toutes membres de la communauté maronite d’Alep, et que d’autres chrétiens répondant aux critères fixés par la Belgique n’ont pas eu leur chance ».

[2Louis Costaz, s.j., Dictionnaire syriaque-français, Syriac-English Dictionary, Qâmûs suryânî ‘arabe, p.91, Dâr El-Machreq (troisième édition), Beyrouth, 2002.

[3Paolo Dall’Oglio, « Les divisions de l’opposition sont le gage d’une démocratie plurielle » (propos recueillis par P. Fenaux), Courrier International, 25 septembre 2012.

[4Michel Seurat, L’État de barbarie, Seuil, 1989 (épuisé). Réédité aux PUF en 2012.

[5Marie Mamarbachi-Seurat, « Honte aux chrétiens syriens ! », Le Monde, 17 septembre 2011.

[6Opposant historique (et chrétien) au régime baasiste et militant des droits de l’homme. Le 12 août 2011, dans le quotidien As-Safir (Beyrouth), Michel Kilo appelait les Églises de Syrie, toutes confessions confondues, à se distancier ouvertement du régime baasiste et de ses exactions.