Changement d’ambiance à Téhéran

Pierre Vanrie • le 25 octobre 2013

L’élection de Hassan Rouhani en tant que nouveau président de la République en mai dernier a clairement eu un effet sur l’ambiance qui règne en Iran. Si celle-ci est plus à un optimisme prudent et pragmatique qu’à l’euphorie, certains signes et symboles ne trompent pas. En effet, dans la foulée du dégel caractérisant les nouveaux rapports entre l’Iran et les pays occidentaux, et en particulier les Etats-Unis, le discours anti-américain à usage interne est désormais remis en question sur la place publique iranienne. C’est ainsi que la question de la pertinence du maintien dans le discours officiel du slogan hautement symbolique « A bas l’Amérique » (en persan « Marg bar Amrika » qui littéralement signifie « Mort à l’Amérique ») a été posée publiquement dans le contexte des contacts noués entre Iraniens et Américains en marge de l’Assemblée générale des Nations-Unies fin septembre. Ce slogan est omniprésent dans les discours officiels et notamment lors des sermons très politiques de la prière du vendredi à l’Université de Téhéran.

C’est l’incontournable Hashemi Rafsandjani, ancien président de la République, homme fort du régime écarté pendant la présidence d’Ahmadinejad, qui a lancé la polémique en postant sur son site officiel un commentaire faisant état des propos que lui auraient tenu l’ayatollah Khomeiny (décédé en 1989) et selon lesquels ce dernier envisageait de ne plus maintenir ce slogan dans le discours officiel. Face à la levée de boucliers des milieux conservateurs qu’ont provoqué ces révélations, Rafsandjani a prétendu que c’était par erreur que ce message avait été écrit sur son site, mais le « mal » était fait et la polémique était lancée.

Face au tollé qu’a suscité également dans les milieux conservateurs iraniens son contact téléphonique avec Obama, Rouhani a commandité deux études d’opinions à deux instituts de sondage iraniens qui ont tous deux donné des tendances renforçant la politique de modération du nouveau président. Celui-ci est en effet crédité de plus de 80% d’opinions favorables dans sa politique de détente vis-à-vis des Etats-Unis [1] . Ces sondages rendus publics indiquent en outre qu’une proportion importante de ceux qui ne sont pas d’accord avec l’idée d’un rapprochement avec les Etats-Unis s’accommoderaient néanmoins volontiers du retrait du slogan « A bas/Mort à l’Amérique » lors de la prière du vendredi ainsi que dans d’autres assemblées officielles.

Autre signe d’ouverture, les déclarations du nouveau ministre de la Culture et de la Guidance islamique, Ali Jannati qui a annoncé un changement de politique par rapport à la censure. Ali Jannati a ainsi annoncé un changement d’orientation de son ministère et déclaré que le cas des livres et publications qui avaient été censurés ou interdits pendant la présidence de Mahmoud Ahmadinejad serait revu [2] . Enfin, s’il reste encore de nombreux prisonniers politique et d’opinion dans les prisons iraniennes, certains d’entre eux ont été libérés ou se sont vus octroyés une permission. C’est le cas notamment du journaliste Bahman Ahmadi Amouee [3] ou encore de Majid Tavakolli, leader étudiant arrêté dans la foulée des protestations contre l’élection controversée d’Ahmadinejad en 2009 [4] .