Bruxelles

Mahrou M. Far

Plus tard c’est la Belgique, les Belges et leur chagrin, Bruxelles, le cœur et l’accent, le ciel bas, les nuages, le ciel gris, la gentillesse, les marchés, Herbes, Grains, Bois, Charbon, Fromages, Peaux, Porcs, Poulets, rues Basse et Haute, les tapisseries, les faïences et les porcelaines, le Faber, les frites, la pluie.

L’odeur du Côte d’Or, noir, blanc, lait, noisettes, la gentillesse, les premiers mots de flamand, non pardon de néerlandais, niet roken-défense de fumer, apoteek-pharmacie, Bruges, les béguinages, Mons et sa gare triste, Obourg, les étés pourris, le lion, le coq, le zoo d’Anvers, l’Art nouveau et moderne, messieurs Breugel et Bosch, les frites, la pluie.

Les oiseaux sans tête, les patates, les trams couleur frites, Wilfried Martens, les fritkots, les sauces, mayonnaise, béarnaise, américaine, pickles, steak-frites, toast cannibale, les chicons, les têtes pressées, les escargots caoutchouteux, les dames blanches, Zaïre et la Vénus noire, la gentillesse, les photos souvenirs sur les marches de la Bourse, Saint Géry, les galeries Roi et Reine, Tirlemont le sucré, les frites,
la pluie.

Le fumet tenace des caricoles qu’on mange avec de longues aiguilles, les gaufres chaudes, les châtaignes brulées et brulantes, Sainte-Catherine, les homards menottés, les foies torturés et gras, la Grand-Place, le monument caressé, l’Ommegang, les tapis de fleurs, les bons enfants du Sablon, la carte postale de la maison du Peuple, seulement la carte, le petit garçon et son besoin urgent, les Marolles, la gentillesse, les pavés, les dentelles, les pralines, les boudins noircis au sang des chevaux, Gand et Van Eyck, Liège et son café, les cafés, les frisées aux lardons, l’ancien Mont des Arts en photo, seulement en photo, les frites, la pluie.

La prose, les écrivains, entre chien et loup, Baillon, l’étonnement, la poésie, les amours, un amour, le poète, la gentillesse, l’année cinquante-huit et son atome de fer, le jeu triste du Noord-Zuid et du Sud-Nord, dommage, la bouillie des saisons, le waterzooï, les frites, la pluie.

La petite et grande ceinture, la tour Japonaise, Sabena au revoir, les trottoirs éventrés aux travaux éternels, les méchants pièges aux pigeons, le jazz, l’Archiduc, les concerts, les expos, voir un Cobra de près, le temps, quatrième dimension, les amitiés rares mais belles, les relations grises, les camarades imbéciles ou bons, les petites et grandes gens, les brumes, les chiens, les merdes, la chance, on doit en avoir à force, la gentillesse, les yaourts Mannequin, les galeries Anspach, prononcer Anspak et non Anspache, Sarma Luxe, l’Innovation en photo, seulement en photo, les frites, la pluie.

Horta, la rue Neuve, le riz en sachet qu’on plonge dans l’eau ressorti trop vite ou trop tard, la mer du Nord, digue en béton en forme d’appartements, le Zwin des oiseaux, les sapins du Sud, les Ardennes, le pain français, les pistolets comestibles, la gentillesse, les puces, le vin, rouge blanc rose, le drapeau, noir jaune rouge, Van de Velde, la bière, blonde brune blanche, les moules en casseroles ou au musée, les Gaulois et les Gauloises, les Gitanes sans filtres, Belga et son agence, le Val Saint Lambert, la Venèche, Brel et le canal pendu quelque part entre les cathédrales et la place de Brouckère, Magritte et la pipe, Ensor le carnaval, le mardi gras, le vendredi poisson maigre, Binche, les Gilles, les frites, la pluie.

Flotte, crachin, vomi, ciel maussade, les gares, Delvaux, Tintin et Milou, les rouquins, les deuils sans larmes, c’est comme ça, ici on pleure pas, les cendres, l’orgue, les cloches, les loges et loggias, l’éloge de Érasme, folie et hôpital, les frites, les frites, les frites, la pluie, la pluie, la pluie.