Bouddha dans tous ses véhicules

Bernard De Backer

À bonne distance des reportages convenus et des fictions éthérées, un film récent et bien documenté montre les multiples visages du bouddhisme en Belgique. Son auteur, cinéaste bilingue et bouddhiste zen, nous entraîne dans un montage astucieusement élaboré. Associant fondamentaux de la Bonne Loi, témoignages de pratiquants et portraits croisés de groupes, Konrad Maquestiau donne à voir de quelle manière l’enseignement du Bienheureux s’incarne de manière diverse dans la vie d’individus et de communautés. Ce faisant, il nous en apprend peut-être bien plus qu’il n’en a l’air.

La légende raconte que le Bouddha historique, Gautama Sakyamuni, le « sage de la tribu des Sakya », avait été préservé de la vie souffrante et mortelle des hommes pendant toute sa jeunesse. Demeurant cloîtré dans le palais royal de ses parents, il vivait séparé des malheurs du monde jusqu’au jour où il franchit la porte qui lui ouvrit l’espace de la cité. Une fois passé ce seuil, ses yeux s’ouvrirent sur la maladie, la vieillesse et la mort. En langage boud­dhique, l’impermanence et la vacuité de toute chose, ainsi que l’insatisfaction et la souffrance qui résultent de l’attachement (dukkha en pâli, la langue que parlait Gautama) [1]. Certes, la ville qu’il découvrit, Kapilavastu, était une cité ancienne, sans voitures et sans pollution, mais le malheur des hommes devait y être aussi prégnant qu’aujourd’hui. L’entrée de Bouddha dans la ville constitue dès lors le moment inaugural du chemin qui le mènera à la délivrance par cela même qui le confronta à la souffrance.

Bouddha dans la ville, le film documentaire [2]de Konrad Maquestiau, ancien président de l’Association Zen de Belgique, nous plonge dans un univers urbain métaphore de la vacuité moderne [3]. Son sujet étant la présence des différentes formes de bouddhisme qui se côtoient en Belgique, l’on y voyage de Bruxelles à Anvers, de Gand à Huy et Charleroi, en passant par autoroutes, gares et aéroports. Mais à l’intérieur de cet espace et au-delà des groupes bouddhistes que le film nous fait découvrir, le fil conducteur semble bien être la confrontation de la « Bonne Loi » à la modernité, symbolisée par la mobilité incessante, les non-lieux et les sans-lieux qui en forment la trame de fond : l’automobile, le train, l’avion, l’hélicoptère, l’autoroute, la rue, l’aéroport, les passants solitaires et les sans-abri. Comme cette vision surréaliste d’un lama tibétain roulant en Mercedes noire sur l’autoroute de Wallonie pour conduire une méditation à Charleroi…

Ce parcours cinématographique à travers la Belgique urbanisée et la diversité des bouddhismes est structuré par l’enseignement du Bienheureux. Les différentes parties du film portent des intitulés qui rappellent l’itinéraire de Sakyamuni, de sa découverte de la souffrance dans sa ville de Kapilavastu à la délivrance finale, le Nirvana, en passant par les « quatre nobles vérités » et le « noble octuple sentier ». De manière à la fois précise et sensible, le travail de Maquestiau est un tissage subtil qui unit la contemporanéité urbaine, la variété des incarnations bouddhistes et le fondement commun de son enseignement. En d’autres mots, le message semble bien être : la voie ouverte par Bouddha est adaptée à la modernité, ses formes sont multiples, mais son message est unique. Sa pratique permet de prendre conscience de dukkha et de ses causes — de « voir les choses telles qu’elles sont » — puis de faire un pas de côté pour se déprendre de la souffrance engendrée par l’attachement.

La roue du Dharma

Voici comment l’histoire débute : c’est la fin de la nuit, les rues sont désertes, on entend les premiers chants d’oiseaux et le hurlement d’une sirène dans le lointain. Un arbre aux branches grêles et nues, éclairées par les lumières de la ville, se découpe sur un ciel noir. Puis un texte défile en haut de l’écran. « Lorsque Sakyamuni, assis en dessous d’un arbre, commença sa longue nuit de méditation, il concentra son esprit sur la destruction des illusions mentales. Voici ce qui se révéla à lui : ceci est la souffrance, ceci en est la cause, ceci est la libération de la souffrance, ceci est la voie qui mène à cette libération. Alors son esprit fut libéré de l’ignorance et il atteint l’éveil. Il devint Bouddha, l’Éveillé. »

La sortie de la nuit commence, le titre du film apparaît et l’on devine au loin les sphères de l’Atomium clignotant comme l’auréole du Bouddha dans une pagode laotienne. Quelque part dans les faubourgs de la ville, un homme quitte sa maison et pénètre dans une voiture projetant ses phares sur la rue. La caméra capte la roue au moment du démarrage. Par un clin d’œil qui permet de relier l’enseignement boud­dhique à l’un des objets culte de la modernité, la roue du véhicule se transforme en roue du dharma [4] dont la mise en mouvement symbolise la diffusion progressive de la Voie du Milieu.

L’homme s’arrête devant une maison dans laquelle il pénètre pour méditer avant de rendre à son travail. On le voit immobile en kimono noir, en compagnie d’autres occidentaux faisant zazen dans le grenier transformé en dojo. Dans la séquence suivante, ce sont des Vietnamiens qui méditent face au mur dans la pagode Linh Son. De pagode en dojo, de monastère en temple, le tournage du cinéaste nous conduit dans tout ce que la Belgique compte de boud­dhistes, ou presque. Bouddha dans la ville se présente en effet comme un trajet dans ce monde multiple — scandé par des retours vers la voiture inaugurale et sa roue emblématique — avec des arrêts dans différents lieux où le réalisateur dialogue en voix off avec ses interlocuteurs : pratiquants européens et asiatiques, bikkhus (moines) birmans, khmers ou laotiens, roshi (maîtres) japonais, lamas tibétains, responsables laïcs, moines chrétiens qui font zazen dans des monastères trappistes.

La rencontre de ces hommes et de ces femmes permet de percevoir non seulement la singularité relative des cheminements qui conduisent à la pratique bouddhiste, voire à la « prise de refuge » (conversion), mais aussi la diversité des conceptions et des expressions du bouddhisme. Celles-ci vont de la rationalité scientifique quelque peu abrupte d’un biologiste adepte du zen au piétisme de « paroissiens » asiatiques qui récitent des mantras dans un temple fleuri où s’élèvent des volutes d’encens, en passant par la vision thérapeutique d’un bikkhu birman (« The Noble footpath is the best medecine »).

Mais au-delà de cette diversité - qui résulte du croisement des nombreuses branches, écoles et lignées bouddhistes avec l’origine nationale (occidentale ou asiatique) — l’on perçoit bien trois grands ensembles : les groupes résultant de l’adhésion individuelle et « choisie » des pratiquants occidentaux, ceux issus de l’adhésion collective et héritée des communautés asiatiques, et certains groupes vietnamiens réunissant à la fois des adeptes asiatiques et européens [5]. Les premiers sont surtout centrés sur la méditation et l’enseignement de textes, les seconds sur des pratiques communautaires de type piétiste (récitations, psalmodies, « prières »…) dans des pagodes qui sont aussi des lieux où l’on célèbre des fêtes et partage des repas, les troisièmes, comme les groupes liés au moine vietnamien Thich Nhât Hanh, pratiquant la méditation et des rituels plus collectifs.

Le réel mis à nu

Dans des échanges sobres, mais souvent poignants, les premiers témoins évoquent ce « pénible bonheur » que nous ne parvenons que rarement à atteindre. Une jeune femme, répondant à une question du réalisateur relative à ce qui l’a le plus frappée dans le bouddhisme, raconte : « Que la vie entière est insatisfaisante. Je savais que l’on n’était pas heureux tout le temps, mais il y a quand même des moments de joie et de bonheur. Mais pour le Bouddha, non, c’est totalement insatisfaisant. » Ainsi, dukkha de l’enseignement bouddhiste désigne plus largement l’insatisfaction foncière de la condition humaine que la seule souffrance à laquelle on l’a souvent assimilé.

Même les moments de bonheur sont flétris par la conscience que nous avons de leur caractère éphémère, insubstantiel, décevant. Comme en témoigne cette jeune femme vietnamienne, pratiquant la méditation dans la pagode Lin Sonh : « Je ne trouvais pas la paix, le bonheur entier, je ne sais pas ce que je cherchais. Même dans les vacances, à la mer, je ne trouvais pas. Quelque chose me manquait, mais je ne savais pas ce que c’était. » La douleur se lit souvent sur les visages, tel celui d’une moniale très âgée ayant décidé de consacrer sa vie à la recherche de la Voie après le décès de son mari — retourné au Vietnam pour y vivre ses derniers instants — et l’éducation de ses enfants. Son arthrose l’empêche de pratiquer la méditation et elle récite les cinq cents noms du Bouddha dans la pagode Hoa Nghiem, près de la porte d’Anderlecht. Indice de la gentillesse qui perce l’imbroglio des cultures, le taximan marocain qui l’a déposée devant la pagode lui souhaite « un bon année chinois », en réponse à sa phrase déclinant son identité : « Nous sommes des Vietnamiens. »

Au-delà des récits de vie et des témoignages qui nous sont offerts, c’est tout le climat du film qui incarne dukkha dans sa matérialité sonore et visuelle : chaos de l’environnement urbain, lumières souvent crépusculaires, violence de la rue, sirènes hurlantes des ambulances, crudité des éclairages artificiels, environnement glauque des bâtiments anonymes. Un groupe zen fait une « retraite de rue » dans le centre de Bruxelles : cinq jours sans argent, sans lieu où dormir, vivant de mendicité, se lavant au robinet d’un parking souterrain et méditant sous des porches d’église. Un camion de la voirie charge les ordures en face de leur petit cercle, une jeune femme mendie auprès des passants. « Mendier est une situation très pénible, cela fait très mal, mais cela vous ouvre totalement ; on abandonne ses certitudes et on s’ouvre. »

Affronter en face la pénibilité et l’insatisfaction de la vie, la nature éphémère et non substantielle de ses diverses manifestations est un passage obligé, que ce soit par la mise en jeu des habitudes de vie ou par la posture inconfortable du méditant, qui tente d’appréhender le réel de son être en le dépouillant de ses voiles symboliques et imaginaires. Démarche proche de la psychanalyse, sauf que, selon le bouddhisme, un au-delà de l’irréductible dimension tragique de la condition humaine est possible, alors que la vision freudo-lacanienne demeure totalement étrangère à toute promesse de bonheur et se méfie de l’illimité. Comme l’écrit Éric Vartzbed au sujet de la conception psychanalytique du sujet humain : « Plutôt que de vivre, il en est réduit à exister, sans remède [6] ».

Détruire les illusions mentales

C’est en effet sur le point du remède que la tradition bouddhiste véhicule une promesse et un chemin très singulier de salut, souvent mal compris par ceux qui sont étrangers à sa pratique. On navigue la plupart du temps entre une vision idyllique et un peu mièvre, incarnée par le visage souriant et les propos lénifiants du Dalaï-lama, et une vision angoissante, proche de la « religion du néant » stigmatisée au XIXe siècle, voire un écrasement du phénomène bouddhique par une sociologie réductrice aux seuls intérêts d’une « économie des biens du salut ». Un aspect peu connu ou mal compris de la démarche bouddhique — et il y a de bonnes raisons à cela — est le but poursuivi par un des moyens qui est au centre de son expérience depuis ses origines supposées : la méditation.

Le film de Maquestiau — qui n’est pas zen pour rien — tente de nous l’indiquer à travers ses multiples témoignages de méditants. D’entrée de jeu, nous suivons un homme qui se lève aux aurores et s’en va méditer à jeun dans son dojo, immobile face à un mur. « Faire zazen, nous dit-il, s’est tenter un retour à la condition normale de l’être humain, un retour à l’originel. » Quelques séquences plus loin, c’est le président de l’Union bouddhique belge, Franz Goetghebeur, qui évoque ce vœu : « Au sein de l’agitation de notre esprit, de l’agitation de notre corps, de tout ce système perpétuellement en mouvement, trouver un îlot de paix et reprendre contact avec le noyau de notre être, avoir un petit tapis où s’asseoir. » Un Vietnamien, fils de la vieille moniale rencontrée au début du film, distingue bien la prière de la méditation dont il dit : « C’est être conscient de la réalité des choses, voir la réalité brute, sans être pollué par votre ego. »

Il y a quelque chose de l’affrontement dans cette démarche obstinée et patiente, dont le Bouddha aurait montré l’exemple inaugural, passant par une coupure avec le mode habituel d’être, et qui implique bien souvent des postures hiératiques, un cérémonial plus ou moins élaboré, voire un ordre quasi militaire. Que font donc ces hommes et ces femmes immobiles comme des pierres, soumis parfois aux injonctions d’un hiérarque qui mène la danse avec un bâton ? « Détruire les illusions mentales », disait Sakyamuni.

Le film n’en dira pas beaucoup plus, car il n’a pas d’autre vocation que de montrer, de faire parler les témoins. Et comment diable montrer ce qui se passe dans la tête d’un méditant ? C’est sans doute — comme nous l’avons déjà laissé entendre — plus dans sa structure cinématographique que l’on peut déceler le message, ou plutôt le percevoir de manière sensible, car il induit physiquement ce qui constitue son objet. Volontairement durci, le monde environnant est souvent hostile, inconsistant, bruyant, insensé. Il représente le « samsara », ce carrousel dans lequel nous sommes piégés comme des écureuils dans une cage tournante et dont les mouvements resserrent encore plus l’emprise, menés par la soif et tenaillé par l’insatisfaction. Parfois il y a ce bruit d’eau que l’on entend, comme surgi de nulle part, ou ce regard qui fait soudainement mouche, cette parole qui nous dit ce que nous savons sans vouloir nous le dire. Car le Nirvana n’est pas cet état de béatitude ultime [7] que nous pourrions atteindre une fois le chemin parcouru ; il peut être vécu par moments au sein de notre vie : « Le Nirvana est aussi dans le Samsara », dit un moine, dans ces îlots de paix que la méditation nous apporte dès maintenant.

Paroissiens et virtuoses

Mais un autre bouddhisme apparaît aussi dans la ville, tantôt parallèle ou accompagnant les pratiques de méditation que nous venons de décrire, comme dans certains lieux de culte vietnamiens, tantôt plus dominant et propre aux pagodes du « bouddhisme transplanté » de certaines communautés asiatiques, laotienne, cambodgienne ou thaïlandaise. Comme le dit une moniale, « il faut se prosterner devant Bouddha et je me prosterne pour purifier mon karma ». De jeunes Laotiennes nous parlent de leur pagode grouillante de monde à l’occasion d’une fête, « c’est un lieu où l’on partage des repas, un lieu qui nous rassure et où l’on vient pour parler et raconter ». Un réfugié pince-sans-rire qui travaille comme manutentionnaire ajoute : « Nous suivons les traditions comme les parents, je n’ai pas beaucoup le temps de lire les enseignements du Bouddha, je travaille pour les moines et je donne de l’argent à la pagode. » On y célèbre les fêtes nationales ou religieuses, mais on y pratique aussi les coutumes comme s’asperger d’eau à l’occasion du nouvel an pour se purifier, « pour que tous les malheurs s’en aillent ». Un bouddhisme paroissial, en somme.

Ce bouddhisme communautaire, hérité et piétiste serait-il sans commune mesure avec l’approche individuelle, choisie et centrée sur la méditation qui a la faveur des Occidentaux ? Aurions-nous d’un côté un bouddhisme « scientifique » et librement choisi, seul véritable, et de l’autre un tissu de croyances et de superstitions collectivement héritées, une « religion de virtuose » face à une « religion de masse » ? Le film ne tranche pas, même si son auteur est sans conteste plus proche de la première modalité. Cependant, à observer certaines scènes, on remarquera l’humour et le détachement des Asiatiques contrastant avec l’observance un peu raide des Occidentaux, versant parfois dans le surconformisme des néophytes et se prosternant plus qu’à leur tour devant un roshi japonais à la mine sourcilleuse. D’autres écoutent béatement l’enseignement d’un lama tibétain qui devise du haut de son trône, récitent des mantras devant une statue dorée ou un idéogramme [8]. Ces gens-là seraient-ils sans croyances ? On serait plutôt tenté de penser, pour paraphraser Simone Weil [9], que chacun de ces univers sociaux offre à croire ce que l’on a besoin de croire pour vivre. C’est aussi — peut-être malgré lui — ce que nous enseigne le film de Maquestiau, offrant parole et visage aux nombreuses incarnations du bouddhisme en Belgique, à ce qui les distingue et à ce qui les unit.

[1Comme écrit dans les textes du canon pâli : « Naître est dukkha, vieillir est dukkha, mourir est dukkha ; la tristesse, les lamentations, la douleur, la peine, et le désespoir sont dukkha ; l’association avec ce et ceux qu’on n’aime pas est dukkha ; la séparation de ce et de ceux qu’on aime est dukkha ; ne pas obtenir ce qu’on veut est dukkha. Bref, les cinq agrégats de l’attachement sont dukkha » (source : Dhammacakkappavattana Sutta).

[2Bouddha in de stad - Bouddha dans la ville, film bilingue de nonante-deux minutes co-produit par l’auteur et l’asbl Axcent, 2008. Le DVD devrait être disponible en juin.

[3Sur ce sujet, voir notamment Bernard De Backer, « Vacuité occidentale et miroir bouddhique » et « Le karma des moules », La Revue nouvelle, août 2004.

[4Le Dharma est la Loi, l’enseignement bouddhiste. Les premières représentations du Bouddha étaient abstraites et prenaient souvent la forme d’un cercle, évoquant la roue du Dharma ou Dharmachakra, symbole de son enseignement. Ce sont notamment des artisans héritiers de la statuaire grecque, établis dans la région du Gandhara en Afghanistan, qui lui donnèrent la forme humaine que nous lui connaissons. La figure de la roue évoque aussi le Samsara, le « cycle des renaissances » dans lequel les « êtres errants tournent en rond ».

[5Sur ce point comme sur beaucoup d’autres, le film dresse un portrait très proche de ce que nous avons pu observer lors des nombreuses rencontres et interviews pour la rédaction de Bouddhismes en Belgique (Crisp, 2002). Cette étude — comportant notamment une histoire du bouddhisme en Belgique et un descriptif des différents groupements dans notre pays — peut être consultée en ligne. Le lecteur trouvera une liste actualisée des centres bouddhistes belges classés par localisation et tradition religieuse.

[6Voir la confrontation très serrée et sans concession qu’il fait dans Le bouddhisme au risque de la psychanalyse, Seuil 2009. On est loin des convergences superficielles auxquelles de nombreux auteurs se sont livrés sur ce thème, difficile, mais fondamental à nos yeux. Vartzbed est un psychanalyste suisse qui a découvert et pratique la méditation bouddhiste.

[7Nirvana (ou Nibbana en pâli : littéralement « extinction ») signifie à la fois rupture avec les ignorances et avec les passions. Cette notion comporte dès lors un élément que l’on pourrait qualifier de « cognitif » (une science ou un savoir de l’impermanence du monde) et un élément « actif » qui y est lié (l’extinction de la soif d’être). Nirvana est synonyme de liberté, de dégagement ou d’affranchissement du cycle de la douleur et de l’illusion.

[8L’auteur de ces lignes, ayant voulu joindre l’expérience concrète à une approche plus distanciée, s’est inscrit dans un groupe de méditation réputé pour sa rigueur. Il ne put que constater les propos très dogmatiques de l’enseignant accompagnant les séances de méditation, et dans lesquels arguments d’autorité et promesses de « guérison de toutes les maladies » ne furent pas absents.

[9« Car la vie contraint à croire ce qu’on a besoin de croire pour vivre », dans L’enracinement.