Avorter ? Et puis quoi encore ? Sortir de la misère, peut-être ?

Anathème • le 26 février 2014

Tout cela est bel et bon, mais il faut convenir que l’Espagne fait dans la demi-mesure. Il est certes très positif d’empêcher au maximum les femmes d’avorter. Leur fonction reproductrice est essentielle à notre société et ce ne sont pas les couples homosexuels qui nous sauveront du déclin démographique, moral et militaire.

Il faut être réaliste, la finalité reproductive de la femme est essentielle et il est hors de question d’y laisser porter atteinte. Hormis de rares cas, tout avortement est « de confort » en ce qu’il fait passer l’individu avant le groupe, la nation et l’humanité. Peut-on rêver plus égoïste qu’un avortement ?

Mais notre société ne repose pas seulement sur la reproduction sexuée. Elle doit également beaucoup à la reproduction sociale. Que ferions-nous si tout le monde était ingénieur, médecin, artiste, riche, bien portant ? Il est évident que l’inégalité est un des moteurs de notre société et du progrès de l’humanité. Tout donner à chacun provoquerait un arrêt du progrès humain par aboulie [1]. Une fois de plus, il s’agirait de sacrifier l’intérêt de l’espèce à l’égoïsme des individus. Car peut-on imaginer que chacun se lève par plaisir ? Franchement, qui s’acquitterait spontanément de ces mille tâches dont personne ne veut, comme ramasser les ordures, laver les vieux, élever les mômes ou casser la gueule aux manifestants ? Je vous le demande un peu…

Il faut rester raisonnable et considérer que, sans la peur des uns de chuter et celle des autres de crever de faim, rien ne bougerait en ce bas monde. Il faut donc nous protéger de l’égalité. Or, rien n’en protège plus efficacement – et pour un coût dérisoire – que la reproduction sociale, laquelle nous assure que les enfants souffriront des maux qui tourmentent leurs parents et jouiront de leurs privilèges.

Le gouvernement actuel l’a bien compris, qui a décidé de dynamiser notre société en précipitant dans la misère, la malnutrition et le mal-être social des hordes d’allocataires sociaux bientôt en fin de droits… accompagnés de leurs familles, désormais condamnées à la stagnation sociale. Reconnaissons-le, les exclusions individualisées n’étaient pas suffisantes. Le travail à la pièce, l’activation, les rappels à l’ordre et l’exclusion au cas par cas constituent un artisanat qui a sa noblesse, mais qui manque cruellement d’efficacité. Des mesures linéaires sont nettement préférables, qui concernent d’un coup des cohortes d’individus. De la même manière, il faut saluer toute réduction de la progressivité de l’impôt, l’impunité pour les puissants et la dualisation du système d’enseignement. Seules des mesures massives restitueront notre société à sa vivifiante inégalité ! Pour maintenir cette stratification, il suffit de laisser les choses suivre leur cours et la reproduction sociale œuvrer.

Les mesures actuelles ne sont bien entendu qu’un timide début. Il convient en effet de voir les choses sous un angle plus large, bien plus large… C’est ainsi que toute mesure attentatoire à la reproduction sociale doit être traquée, sauf à de rares exceptions motivées par des nécessités de communication. Il convient en effet de ne conserver de mesures d’interruption volontaristes de gâchis social qu’aux fins de démonstration de l’efficacité de la méritocratie. Celle-ci permet, à ceux qui le veulent vraiment et qui en ont réellement les capacités, de devenir ce qu’ils veulent ! Et il faut que cela se sache.

Toutes les autres mesures autrefois dites de « justice sociale » doivent être considérées pour ce qu’elles sont : des avortements sociaux, des crimes contre la reproduction sociale.

Qui a dit que notre société était en panne de projets ?

[1Si vous souhaitez savoir ce qu’est l’aboulie, il vous faudra le mériter et aller consulter un dictionnaire.