Armand président !

Luc Delfosse • le 13 décembre 2016
MR, partis politiques, parlementarisme, CDH, Armand De Decker, Francis Delpérée.

Un peu Ayrton Senna, beaucoup Aigle de Meaux, à la folie vestale irréfragable de la Constitution et pas du tout de la majorité, le baron Francis Paul Eudore Delpérée est apparemment la personnalité idoine pour diriger la commission Kazakhgate. Seul l’autre Dupont/d de la Loi fondamentale – je veux parler de Marc Uyttendaele — aurait aussi joliment fait l’affaire sauf que l’ulbiste ne siège pas au Parlement fédéral. Bref Francis 1 - Marc 0 et puis quoi, c’était au tour du CDH de présider. Ajoutons au passage que le professeur Uyttendaele aurait sans doute été invité par son épouse à céder aimablement son strapontin à Olivier Maingain. Finaude, Laurette Onkelinx entend que le président à vie de DéFI siège dans cette commission. D’abord, parce qu’il en est l’instigateur de concert avec le PTB (trop petit lui aussi, malgré d’idylliques sondages, pour obtenir un strapontin). Ensuite, parce que la pasionaria du PS sait pertinemment que Maingain a un œuf d’autruche à peler avec le parti libéral depuis l’éclatement de la fédération MR-FDF. Rideau.

Hélas pour l’auteur de l’inoubliable J’écris ton nom, Constitution, la course aux babioles a failli le perdre. Le 16 novembre dernier, lors d’un diner de gala de la société des membres de la Légion d’honneur qu’il préside (c’est décidément une vocation), le député démocrate-humaniste reçoit à la table d’honneur le légionnaire… Armand De Decker. Collusion des pairs ? Ça jase, comme de bien entendu dans le sérail. Les partis flamands et singulièrement la NVA dont on connait l’irréprochable fidélité à la Nation, exigent que Delpérée soit révoqué. Mais le CDH, hurle à l’ignoble, tempête et — divine surprise — emporte le lot au terme de tractations à coup sûr homériques qui, je l’espère, nous serons un jour narrées par le menu.
Cependant, disons le tout net : le CDH a eu tort de s’accrocher car au fil des jours et des péripéties, une vérité éclatante s’est imposée : cette commission d’enquête devait revenir à son leadeur naturel, évident, incontestable. Oui, j’ose le dire : Armand De Decker président !

Oh ! Inutile de striduler comme des piétrains promis à l’agonie, les arguments sont imparables. Ami des Arts et des Lettres, député, sénateur, ministre, secrétaire d’État, vice-président et président (décidément !) d’Assemblée, maire d’une commune multiculturelle sans tache, avocat certes intermittent mais aguerri aux arcanes, grand commis voyageur de l’État, ami de vingt ans de la famille royale, de quelques locataires de l’Élysée et de financiers de très haut vol, amoureux transi de nos merveilleuses Colonies, détenteur d’une vingtaine de distinctions honorifiques épinglées aux quatre coins de l’Univers sur sa solide poitrine d’officier (dont les prestigieuses Grand-Croix de l’ordre royal de l’Étoile polaire et Grand-Croix de l’Ordre de l’Aigle Aztèque), bienfaiteur de l’humanité par son action discrète et désintéressée au sein de l’Ordre de Malte, M. De Decker rassemble décidément toutes les qualités, les relations et l’entregent requis pour diriger, sans atermoiements funestes ni précipitation puérile, une enquête impartiale et des conclusions à la netteté de guillotine.

Mais que seraient tous ces mérites sans leur viatique, leur moteur, leur carburant ? Cet homme doit désormais nourrir une haine abyssale pour ne pas dire corse vis-à-vis de l’establishment (désolé de céder mollement à la mode) de son parti. Lequel l’a dézingué à une vitesse confondante pour ne pas dire suspecte de tous ses mandats. Craindraient-ils par hasard, ces vertueux cadors, que le bel Armand balance ? C’est bien mal le connaitre : il est la parfaite réincarnation du major Thompson qui, so british, avait deux amours : le tweed et le silence.