Appel à la poésie

David Goudreault

J’en appelle à la poésie
Ce souffle profond En apnée du monde
Pour chaque professeur
Qui n’esquive pas le module
Se plonge les tripes, les mains dans la matière
Lumière libre de s’exprimer en vers libres
En slam, en sonnet, en Haiku
Oh capitaine, mon capitaine
Bats-toi pour tes élèves, les profs, la fonction publique
Pille les coffres pis ramène-nous du poème
Faut en remplir les écoles
Dès le primaire ; Du Jean Narrache en dictée
Marie Uguay imposé aux joueurs de football
Et Vanier aux premiers de classe
Qu’on intègre aux cours de sexxxualité
La lecture entre les lignes De Michel X côté
Que les ateliers de création
Meublent récréations et parascolaires
Qu’entre les périodes de Math et d’édu
On leur crédite des périodes de silence…
Où faire pousser la parole, toute croche et vivante…

J’en appelle à la poésie
Par les creux de villes et les fonds de rangs
Que tous les travailleurs de rues arpentent le vide
Pour chuchoter du Roland Giguère
À l’oreille de la misère
Que l’on ait des poétesses en résidences
Dans chaque résidence pour personnes âgées
Que l’on jumelle chaque analphabète à un poète
Et qu’on les paye pour réinvestir les mots ;
Qu’ils peignent de grandes pancartes
Devant les hôpitaux psychiatriques ;
Entrez-voir nos spéciaux !
Devant l’Assemblée nationale ; Ne nourrissez pas les idéaux
Sur la devanture des librairies indépendantes ; Ici résident les forces vives de la résistance
Et graver dans la pierre des Bibliothèques ; Bienvenue au centre communautaire d’Art-Thérapie…

J’en appelle à la poésie
Que chaque caissier de SAQ récite La romance du vin
Pour tout achat de vingt dollars et plus
Que la soirée du hockey s’ouvre sur un poème de Pozier
Qu’Anonymous traficote pour qu’on ne puisse plus acheter
Que du Josée Yvon sur Amazone…
ha, les livres de cuisine vont rire jaune !
Que l’on canonise Yves Boisvert
Que l’on nobélise Hélène Dorion
Que l’on imprime du Francœur sur les papiers à rouler
Du Beausoleil sur les billets d’avion
Du Desbiens sur les tickets de bus transcanadien
Du Daoust sur tous les foulards de soi
Et de l’autre aussi…

J’en appelle à la poésie
Du territoire à choisir et inventer de Miron
À celui occupé des premières dernières nations
Y a pas qu’Annie Koonie, tsé !
Que n’enseigne-t’on pas Joséphine Bacon
Jean Sioui les Fontaine et Mestékosho
Si on cache leurs corps, qu’on écoute leurs voix ; Yawinda !
Des territoires Mohawk jusqu’à Ivujivik… Nakurmik !

J’en appelle à la poésie
Dans le cœur en forme de bouche de Chloé Ste-Marie
Mais oui, donnez-lui donc un doctorat honoris causa
Qu’elle puisse le pawné pour une infime fraction de la valeur de son bénévolat
Et d’ailleurs, Montreal City, where the fuck is your Leonard Cohen street ?
J’ai beau pitonner mon GPS, la reconnaissance des poètes
Se fait plus rare que la cocaïne bio équitable
Ooooh, par Anne Hébert, Gauvreau et Dantin, J’en appelle à la poésie
Qu’on en parle, qu’on en beurre sur nos toasts
Que l’on deal du quatrain à la livre
Que les poètes ne soient plus abandonnés
Seuls et vulnérables, dans les Salons du livre
Qu’on étire le sentier de la poésie
De st-venant-de-Paquette
Jusqu’à Paquetteville
Qu’un artiste trifluvien
S’empresse d’escalader la statue de Duplessis
Pour y sculpter la face de Godin

J’en appelle à la poésie
Par la chanson, l’écrit, le slam, le rap
Par Gilbert Langevin, Sol et Manu Militari
Que l’on reconnaisse le bouillonnement
Et que l’on célèbre la relève inspirée
L’apathie ne s’en relèvera pas
Par les Thouyn, Guérette, Grimaldi
Bachand, Younsi, etc.

J’en appelle à la poésie
Sous toutes ses ramifications
De ses cimes aux racines
De ses frères, sœurs et cousins mongols
Oui, si tu veux, même mongol
Mais dans le préjugé favorable à la trisomie
Dans leur sensibilité, leur ouverture et leur dévotion
Eux qui ne rapportent pas une cenne, comme nos poèmes…

J’en appelle à la poésie
Et j’espère que vous me répondrez !