L’Éthiopie et le Kenya dans le bourbier somalien

Jusqu’en 2011, l’Éthiopie avec sa puissance militaire et ses interventions armées en Somalie était assurée d’être le seul acteur politique capable d’imposer son hégémonie à la région. Avec son intervention en octobre 2011, le Kenya est entré en concurrence avec son puissant voisin sur la scène politique somalienne.

La lutte contre le terrorisme islamique, que mènent les États-Unis, l’Éthiopie et d’autres pays de la région, a également favorisé l’émergence de nouvelles forces et d’autres acteurs somaliens et a ravivé la divergence d’intérêts entre les grands pays de la région. La nouvelle configuration politique et économique de la Corne de l’Afrique depuis quelques années a conduit à l’affrontement entre des projets politiques et économiques de grands acteurs comme l’Éthiopie et le Kenya. Le territoire du sud somalien sert de lieu d’affrontement et d’opposition à leurs ambitions respectives.

Depuis le début de la crise en Somalie, les affrontements des différents clans et l’anarchie de la société ont focalisé l’attention. Or depuis 2005, et surtout 2006, le conflit a pris une autre dimension et est devenu le théâtre d’affrontements, d’abord entre l’Éthiopie et l’Érythrée [1] et ensuite entre l’Éthiopie et le Kenya.

Il ne faut pas perdre de vue l’évolution politique interne de la Somalie du Sud — partition de fait du Somaliland —, les intérêts que poursuivent les gouvernements éthiopien, érythréen, kényan, sans oublier la nouvelle configuration des relations politiques entre les États de l’Afrique de l’Est depuis l’indépendance du Sud-Soudan. Producteur de pétrole, il a des relations tendues avec le Soudan, dont il s’est séparé. Son enclavement constitue un handicap pour ses exportations, mais une opportunité pour ses voisins qui ont accès à la mer, comme la République de Djibouti et le Kenya. La Corne de l’Afrique après 2001

La date est importante en raison de la réintégration de la région dans la politique étrangère et de défense américaine, et de l’installation progressive de groupes terroristes musulmans en Somalie.

Pour comprendre les politiques des gouvernements éthiopien et kényan, un rappel de la situation stratégique de cette sous-région et de sa recomposition politique s’impose. La Corne de l’Afrique fut une des régions où les États-Unis et l’ex-URSS se sont affrontés par acteurs régionaux interposés. Durant la guerre froide, les gouvernements des États-Unis ont mis en pratique l’endiguement (containment) pour lutter contre la progression du communisme, ce qui les a amenés à appuyer alternativement le régime (...)

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