Les Feux de l’amour et le trou budgétaire

TF1 annonçait fin septembre que la chaine ne diffusera plus Les Feux de l’amour. Cette décision prendra effet à partir de la Toussaint. Si cette saga est connue de tous grâce à sa banalité affligeante captée par le titre même et à sa longévité exceptionnelle (plus de 4.600 épisodes !), bien peu sont capables de citer les noms des personnages, les liens qui les unissent, les intrigues auxquelles ils sont mêlés, etc.

Les contrôles budgétaires auxquels les gouvernements se livrent à intervalles réguliers sont semblables aux Feux de l’amour : peu importe les personnages (en l’occurrence les décideurs politiques) qui occupent temporairement le devant de la scène, l’histoire est toujours la même et se résume en quelques mots : la croissance est plus faible que prévue et/ou les effets retours sont inférieurs à ceux escomptés et quelle que soit la cause, il en résulte une détérioration des finances publiques.

Gouverner, c’est prévoir, dit-on. D’où l’importance des projections macro-économiques et des institutions qui en ont la charge. Certes, ces projections contiennent par définition une certaine dose d’incertitude et donc, d’erreur. Mais, lorsque, comme cela s’est produit novembre 2015, la Cour des Comptes épingle une faille dans la conception d’une mesure et que (...)

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Pour des élites populaires

Force est de constater que, de plus en plus de citoyens en ont assez du système (vous savez, le système) et des élites. On les comprend. Ces enviables profiteurs, exerçant un pouvoir dont chacun rêve secrètement, vivant dans un confort scandaleux pour les vraies gens, ces escrocs népotistes sont éminemment détestables… au sens littéral : chacun adore les détester.

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L’Iran, premier test de la politique étrangère de Donald Trump

Donald Trump vient d’être élu au terme d’une campagne largement placée sous le signe de la radicalité et de l’appel à l’exclusion. Si les enjeux internes ont été omniprésents, la politique internationale projetée par le prochain président inquiète. Des interrogations se posent notamment quant à son attitude concernant l’Iran, et plus précisément la pérennité de l’accord sur le nucléaire iranien. Conclu à Vienne le 14 juillet 2015, après deux ans de négociations, entré en vigueur le 16 janvier 2016, le Plan global d’action conjoint clôt une crise qui aura duré dix ans. Rassemblant les États-Unis, l’Iran, la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, il est également un succès pour l’Union européenne, organisatrice des négociations. Cet important accord est censé garantir la nature civile et pacifique du programme nucléaire iranien. En contrepartie de la transparence sur son programme nucléaire, les différentes sanctions visant l’Iran sont levées, permettant au pays de sortir de son isolement diplomatique et de se replacer sur la carte des échanges commerciaux.

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La myopie libérale du professeur Gemenne

La crise de l’accueil des réfugiés a mis en lumière la difficulté pour la gauche d’apporter des réponses concrètes au défi migratoire. Pour autant, la pensée conservatrice et libérale n’offre guère de perspectives pour y faire face dans la justice sociale. Un constat que ne partage visiblement pas François Gemenne, qui affirme, dans un article polémique largement déconnecté du réel, que la boussole morale se serait déplacé vers la droite sur ces questions.

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Désolation

La réponse de François Gemenne à Grégory Mauzé au sujet de l’article "Frontières, souverainisme et vacuité" paru dans le numéro 4/2016.

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Quarante ans de belgitude. Nommer l’indéfinissable ?

En novembre 1976, Pierre Mertens et Claude Javeau questionnaient l’identité belge [3], chacun à travers le prisme qui était le sien, les lettres pour l’un, la sociologie pour l’autre. Cette interrogation surgissait dans une décennie qui s’était ouverte sur une première réforme de l’État ayant donné naissance aux communautés culturelles. De leurs contributions au dossier intitulé Une autre Belgique, un terme naissait : la belgitude. Face à la tâche ardue de définir ce que signifie « être belge » et à la tentation d’une définition en creux, Pierre Mertens décrivait la Belgique comme une « terre d’exil, d’exil intérieur » où le Belge se vivrait « comme un nègre blanc ». Cela l’amenait à se demander : « Quel voyage (...)

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La faute aux Noirs

Nicolas Sarkozy bataille ferme pour emporter la primaire française de l’extrême droite, de la droite et du centre. Bravant les perfidies de ses amis, les bassesses des magistrats et les coups bas des journalistes, il garde le cap. Glorieux mal-aimé, il se prononce sur tous les grands défis de son temps : immigration, voile, islam, immigration, sécurité, islam, regroupement familial, identité nationale, immigration, terrorisme, islam, etc. Rien ne lui échappe, pas même le réchauffement climatique.

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Le boulangisme, avenir de la démocratie

On l’a souvent dit, mais peut-être trop rarement, la politique est avant tout une question de sens des priorités. Depuis déjà longtemps, fusent de toute part des critiques à l’adresse de notre personnel dirigeant, l’accusant d’être dépourvu de vision à long terme, incapable de hiérarchiser les problèmes sociaux et privé de toute forme de conviction (autre que celle de la nécessité de leur réélection, ce qui, vous en conviendrez, est mieux que rien).

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Belgique, terre de finançailles

Les annonces de licenciements collectifs chez Caterpillar et ING ont suscité un tollé dans l’opinion publique et au sein même du monde politique, y compris parmi les plus farouches défenseurs du système néolibéral. Comment se fait-il que des entreprises qui réalisent des bénéfices procèdent à des fermetures ou restructurations si violentes, tant sur le fond que sur la forme ? Depuis 22 ans, le groupe Caterpillar versait chaque année à ses actionnaires des dividendes sans cesse plus élevés et le site de Gosselies était redevenu rentable après la lourde restructuration subie en 2013. Quant à ING, le licenciement de 3.200 collaborateurs fera économiser 900 millions au groupe. Cela lui permettra de reprendre sa généreuse politique de versement de dividendes qui avait été mise entre parenthèses entre 2008 et 2014 ; c’était une condition mise par l’Etat néerlandais en échange du sauvetage de la banque batave.

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Syrie – Légitimité de l’action de Poutine et d’Assad : une narration du conflit syrien à l’épreuve des faits

De l’extrême droite à l’extrême gauche, beaucoup maintiennent depuis cinq ans une position ambiguë sur la Syrie qui se double souvent d’une certaine admiration pour Vladimir Poutine. Même si la plupart du temps, personne n’ose directement défendre le dictateur de Damas, beaucoup développent un discours du « je ne soutiens pas Assad mais... » qui aboutit finalement à des résultats similaires. Ainsi, le 5 octobre dernier, devant l’ampleur des violations des droits humains commises à Alep, le Parti du Travail de Belgique (PTB) publiait un article sur son site solidaire.org intitulé Alep : ville symbole de notre politique étrangère. Rien de bien nouveau dans l’attitude du PTB quant à la situation sur place. Toutefois, il semblait pertinent, pour une fois, d’analyser un peu plus en profondeur la manière dont ce parti présente les choses.

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TTIP, Game Over : désobéir pour (enfin) gagner

Beaucoup d’analystes disent que la société civile va gagner contre le TTIP, mais encore faudra-t-il bien gagner. Si c’est l’argument de la récupération du champagne par les Californiens ou du poulet au chlore dans nos assiettes qui est déterminant, alors nous passerions à côté du problème, qui est en réalité bien plus large. En effet, le TTIP n’est que la pointe de l’iceberg d’un système capitaliste néolibéral et donc incompatible avec l’idée de justice sociale, de justice environnementale, la fin du patriarcat et de toute forme d’exploitation. Notre volonté est de montrer que le TTIP, le Ceta, le Tisa et les autres accords commerciaux s’inscrivent dans une dynamique historique d’abaissement des barrières à la circulation des marchandises, des services, des capitaux et de politiques néolibérales qui favorisent les plus riches. Si nous parvenons à chasser le TTIP par la porte, veillons à ce qu’il ne revienne pas par la fenêtre [5].

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La rage libre-échangiste

Le 4 octobre, Corentin de Salle, le directeur du Centre Jean Gol et un des cerveaux du MR, s’est livré à un plaidoyer pro-traités transatlantiques dans les pages de La Libre. Au cœur de son argument : « La marche du commerce a toujours coïncidé avec celle de la civilisation et du progrès ». De ce fait, il dénonçait la grille d’analyse des opposants aux traités commerciaux et d’investissement et qui se résumerait selon lui à une opposition stérile entre les vertueux Européens et les vils Amerloques.

La réalité est plus nuancée. Certaines normes sont en effet plus élevées aux Etats-Unis que chez nous (régulation de la finance ou normes en matière de pollution locale par exemple) et certains régulateurs sont (...)

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Less is more. Que faudrait-il abolir dans notre société ?

« Pour moi, dit Socrate, je ne crois pas avoir besoin de plus d’argent, et je me trouve assez riche ; mais toi, Critobule, tu me paraîs bien pauvre, et, par Zeus, j’ai quelquefois bien pitié de toi. […] car ce que j’ai est suffisant pour me procurer ce qui me suffit ; mais, étant donné l’appareil qui t’environne et ta réputation, même si tu ajoutais à ta fortune présente trois fois autant, il me semble que tu n’aurais pas encore assez. »

Xénophon, Économique

Riche est celui qui a peu de besoins. Telle est l’idée fondamentale dans l’Économique, de Xénophon (IVe siècle avant J.-C.) [7]. Socrate ne possède presque rien, mais assure qu’il est plus riche et plus en mesure de satisfaire ses besoins que (...)

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Libérer l’école d’elle-même

Décret missions, Assises, Contrat pour l’école, socles de compétences, refondation du qualifiant : les politiques d’enseignement en Belgique francophone semblent avoir tout essayé. Malgré cela, « plus ça change, plus c’est la même chose » : échecs, inégalités, relégations, jeunes qui quittent le système sans diplôme, etc. Certes, on pourrait disserter longtemps sur les précisions à apporter à ces impressions. Mais l’essentiel de notre propos n’est pas là.

À La Revue nouvelle, depuis quelques années, face à ce marasme et à la difficulté d’en sortir, nous cherchons à nous poser la question de la manière. Imaginons que nous trouvions un large consensus sur un projet de transformation de l’école (de « libération de (...)

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Handicap, citoyenneté et inclusion sociale

La philosophe politique américaine Martha Nussbaum notait, il y a quelques années, qu’« il reste trois problèmes de justice sociale non résolus dont le manque d’attention qui leur est porté dans les travaux théoriques est particulièrement problématique », le premier de ces problèmes étant celui de « rendre justice aux personnes ayant des handicaps physiques ou mentaux [14] ». Bien que les travaux de Nussbaum aient contribué à dynamiser le débat sur cette question dans le champ des théories de la justice sociale, le constat qu’elle faisait garde toute son actualité aujourd’hui et il ne doit pas se limiter aux travaux théoriques : l’attention publique portée aux questions de justice sociale eu égard aux (...)

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