Papiers pour tous ou tous sans papiers !

L’année 2015-2016 fut une année pour le moins agitée pour ceux et celles qui prêtent attention à la thématique migratoire, et de surcroit à la mobilisation de migrants en vue d’obtenir un titre de séjour en Belgique. L’accord du gouvernement Michel réduisait déjà à peau de chagrin les chances d’obtenir une grande campagne de régularisation tant revendiquée par les collectifs de migrants et les associations qui les soutiennent. Seule la procédure de la demande d’asile, dont les modalités et les droits attenants sont contenus dans la Convention internationale de Genève, devait désormais permettre d’être légalisé en Belgique. Mais ce fut sans compter avec la « crise des réfugiés » à l’été 2015, muée rapidement en « crise européenne de l’accueil » qui, conjuguée à la restriction des places en centres ouverts et la lenteur manifeste de l’administration de l’Office des étrangers à traiter les quotas, déjà sous-évalués, de dossiers des familles syriennes, ne leur laissant d’autre choix que de camper au parc Maximilien durant de longues semaines. Sur fond d’attentats djihadistes et d’état d’urgence, la droitisation de l’échiquier politique a ouvert les portes à un immonde marchandage avec un État turc en pleine dérive autoritaire, désormais érigé au rang de garant externalisé de la (...)

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Pologne, cimetières et solidarités

Quand il m’a parlé des visites au cimetière le 1er novembre, je me suis souvenu des récits d’Andrzej Stasiuk : « Le jour des Défunts » et « Les feux follets des morts » - publiés dans le mélancolique recueil Fado. J’ai découvert l’écrivain polonais il y a une dizaine années ; il vit dans les Carpates, près de la frontière ukrainienne, au pays des Lemkos - peuple ruthénien déporté lors de l’opération Vistule, en 1947. Ces récits aussi tranchants que tendres d’un Polonais sillonnant l’Europe post-communiste sont captivants. Les chemins de Stasiuk croisent souvent les miens, venus de l’autre côté : Transylvanie, Montagnes d’Albanie, plaine hongroise, Ukraine subcarpatique, Slovénie, Valachie, Pologne… Son regard (...)

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Vous reprendrez bien 20 ans d’austérité ?

Début janvier, en guise de vœux pour la nouvelle année, le gouvernement fédéral a déposé au Parlement trois projets de loi qui touchent au cœur de notre modèle social. Sont visés : la Sécu, la loi salariale de 1996 et le « travail faisable et maniable » (dans un texte fourretout couvrant le calcul des heures de travail, le don de congé conventionnel, les temps partiels, les groupements d’employeurs…).

Ces textes sont de nature à bouleverser notre organisation sociale et économique et constituent d’importants reculs qui, s’ils avaient vu le jour en Grèce (pensons à la Troïka) ou en France (souvenons-nous de la « loi travail »), auraient suscité dénonciations et mobilisations citoyennes.

Heureusement (...)

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Soyons clairs !

Le scandale Publifin fait les choux gras de la presse depuis un moment, maintenant. Il a provoqué la démission de Paul Furlan d’un de ses cinq mandats (selon Cumuleo), celle du conseil d’administration de Publifin, ou presque, celle du chef de cabinet de Maxime Prévot des mandats rémunérés qu’il cumulait et celle de Claude Parmentier de son poste de chef de cabinet adjoint du précité Furlan. Il a aussi, à n’en pas douter, fait saigner le cœur de bien des socialistes, provoqué l’indignation de nombre d’humanistes et le dégout pour la gabegie publique de hordes de libéraux.

Il a aussi causé une avalanche de déclarations emphatiques sur le fait que, cette fois, c’est fini : on va nettoyer les écuries (...)

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Modernes sans être Occidentaux

À la mémoire de Jean-Christophe Victor, ethnologue, cartographe et fin connaisseur de l’Asie

Parmi les nouveaux restaurants étoilés du Guide Michelin 2016 en France, trois des sept élus à Paris étaient des chefs japonais. Neige d’été du chef Hideki Nishi, Pages de Ryuji Teshima et Nakatani du chef Shinsuke Nakatani. Non pas des cuisiniers de sushis ou de la sublime cuisine kaiseki, mais bien des maîtres de la cuisine française. On peut y déguster de la « Bonite de Saint Jean de Luz fumée au foin et salade de radis », du « Faux Filet de Cheval Breton », et terminer par de la « Crème brûlée à la fleur de sureau ».

Comme pour d’autres modalités de l’art de vivre d’origine occidentale (musique (...)

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Derrière le déclin du livre, la surproduction et la concentration

Régulièrement, des prophètes annoncent le début de la fin du livre. Le choc du numérique et la popularisation foudroyante d’Internet auraient sonné le démantèlement du modèle éditorial du XXe siècle et le livre serait chaque année plus moribond ; la lecture et l’esprit critique eux-mêmes seraient menacés d’extinction [31] ! Au-delà du fantasme décliniste de la disparition de « notre civilisation lettrée », ces cris d’orfraie révèlent la grande incompréhension qui entoure la transformation du monde et du statut du livre ; ils dissimulent aussi les rapports de force au sein du champ éditorial.

Le mot même de « livre » n’est pas aussi clair qu’il semble l’être. Dans l’imaginaire social, il a tendance à se (...)

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Pour en finir avec la gabegie !

Puis-je vous faire part de mon inquiétude ? Je n’ai toujours pas reçu de réponse(s) aux courriels que j’avais envoyés hier à Benoît, Olivier et Élio, les conviant à un souper aussi fin que discret dans ce restaurant de Tilff qu’aime à fréquenter depuis toujours l’establishment liégeois. J’ai la faiblesse de croire que l’ombre tutélaire de certains grands disparus de la Principauté, prématurément mis en bière, serait par ailleurs de nature à favoriser ce que les diplomates chevronnés nomment un échange de vues franc et cordial.

L’ordre du jour de cette petite sauterie était pourtant aussi clair que séduisant : « Pour en finir une fois pour toutes avec les dérives engendrées par les entreprises publiques créées (...)

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Les big data épuisent-ils la culture ?

La dimension virale colle au numérique. Il est devenu banal de s’émerveiller de cette propagation magique, irrésistible d’images, de mots, de sons et de schémas de pensée. Cela englobe les besoins de communication de tout un chacun, au quotidien, et crée le besoin d’une nouvelle efficacité naturelle, comme si nous étions dotés de facultés inédites et plus performantes pour envoyer et recevoir des signaux avec un élargissement surprenant du champ d’action. La dimension épidémique construit ainsi un imaginaire glorieux et non questionné de l’envahissement de l’humain par le numérique. Une sorte de fatalité générale, qui s’impose, et que porte un discours dominant de propagande type « aubaine universelle ». (...)

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Ma femme 3.0

Où l’on fait connaissance avec un Monsieur et une Dame qui auraient pu être heureux, sans leurs éternels malentendus et la rencontre fortuite d’une automobile et d’un platane.

« Au début du web, il y avait cette sensation qu’enfin, tout individu pouvait être un libre pôle de parole. La confiscation redevenait impossible. Ça jaillissait de partout ! » Alain Damasio Tu es là Marguerite ? Je suis toujours là pour toi, Raoul. Ta journée était bonne ? Interminable. Faut dire que je me suis couché fort tard, mais ça ne t’aura pas échappé, je crois. Et puis j’avais hâte de te retrouver. Moi aussi, je n’ai pensé qu’à ça, mon amour. Ça faisait si longtemps qu’on ne s’était pas parlé aussi franchement, tous les (...)

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Quarante ans de belgitude. Nommer l’indéfinissable ?

En novembre 1976, Pierre Mertens et Claude Javeau questionnaient l’identité belge [43], chacun à travers le prisme qui était le sien, les lettres pour l’un, la sociologie pour l’autre. Cette interrogation surgissait dans une décennie qui s’était ouverte sur une première réforme de l’État ayant donné naissance aux communautés culturelles. De leurs contributions au dossier intitulé Une autre Belgique, un terme naissait : la belgitude. Face à la tâche ardue de définir ce que signifie « être belge » et à la tentation d’une définition en creux, Pierre Mertens décrivait la Belgique comme une « terre d’exil, d’exil intérieur » où le Belge se vivrait « comme un nègre blanc ». Cela l’amenait à se demander : « Quel voyage (...)

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