À tous nos monstres

« On ne peut tout dire, mais les monstres ne meurent pas, ce qui meurt est la peur qu’ils inspirent. [1] » À force de vouloir à tout prix les tuer, on ne voit peut-être plus les monstres et on a un monde de peur [2].

Les articles qui composent ce dossier ne sont pas homogènes, et il ne s’agit pas de les faire rentrer dans une forme. Le dossier est un peu monstrueux : tant mieux, c’est de cela qu’il s’agissait de parler ! Tout de même, on y distingue une sorte de fil rouge, car un rapport avec nos monstres est possible, nécessaire, souhaitable ou indispensable… Ce rapport ne passe pas par la négation, la disparition ou la domestication : il faudrait écouter plutôt que faire taire.

Mais écouter un monstre n’est pas simple. Les monstres ne communiquent pas, ils ont leur manière monstrueuse de dire les choses. On ne peut pas raisonner avec Godzilla ou King Kong, personne n’arrive à dialoguer avec la créature du docteur Frankenstein, pourtant très cultivée et polie à la fin du roman de Mary Shelley. Les monstres de foire de Freaks ont leurs propres codes, incompréhensibles pour les autres. Quant aux Donuts tueurs…

Avec les « monstres sociaux » la question est certes un peu différente, mais s’ils sont taxés de monstres et non de criminels, c’est (...)

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21 juillet, le Bal au pied

Ce 21 juillet 2017 ne dérogera pas à la règle. Les Belges qui ne seront pas partis en vacances à Benidorm ou à Ibiza participeront aux moments « forts » de leur Fête nationale ou les subiront : discours œcuménique du roi (sous remote control gouvernemental), défilé militaire approximativement martial, bal bon enfant dans le parc Royal (ou de la Warande) et feu d’artifice. Certains, parmi les moins ensuqués, se pareront de ces colifichets que le monde libre et les révolutionnaires du monde entier nous envient : la panoplie complète du supporteur de l’équipe nationale de balle au pied.

Se tirer une balle dans le pied… Généralement, les fêtes nationales célèbrent des évènements majeurs, héroïques et (...)

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Promo d’été ! Emportez la revue en vacances...

Vous partez en vacances à la plage et vous vous demandez déjà comment vous divertir durant les longues heures au soleil ?
Vous partez en vacances à la montagne et vous êtes déjà inquiet de l’ennui des moments de pause entre deux randonnées ?
Vous avez un long voyage vers votre destination de vacances, assis.e dans un train, un avion ou un autobus ?
Une question vous taraude : que lire pendant vos vacances... et au-delà ?
Pourquoi ne pas souscrire un abonnement à La Revue nouvelle et emporter la revue à la plage, à la montagne, dans le train ?

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Dépasser l’« Appel du 19 juin », réformer radicalement la Wallonie et Bruxelles

Un des rares bienfaits du vaudeville auquel nous assistons depuis le 19 juin est que les opinions francophones semblent enfin découvrir le labyrinthe institutionnel wallono-bruxellois. Tôt ou tard, les partis francophones devront rouvrir le débat relatif aux réformes nécessaires au renouvellement de la démocratie en Wallonie et à Bruxelles. L’enjeu est la survie, le redressement et l’autodétermination de la Wallonie et de Bruxelles. Une opinion de Pierre Delagrange.

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Le CDH serait-il suicidaire ?

L’annonce tonitruante du retrait du CDH hors des gouvernements de Wallonie, de la Communauté française et de Bruxelles-Capitale a de quoi laisser perplexe. Voilà qu’un parti qui, scrutin après scrutin, sondage après sondage, ne cesse de perdre ses électeurs, mais se rêve soudain en faiseur de rois. Au risque de se suicider. Ou de suicider l’espace politique francophone. Analyse à chaud.

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La globalisation sur le divan

« Quoi qu’il en soit, la psychanalyse que j’ai vue, au cours de ma longue existence, se répandre dans tous les pays, n’a nulle part trouvé de "foyer" plus propice pour elle que la ville où elle est née et où elle a grandi. »

Sigmund Freud, Moïse et le Monothéisme (1938)

La question de l’universalité du freudisme, comme clinique du sujet individuel et comme paradigme interprétatif de la psyché humaine et de ses troubles, est ancienne. Freud, dès l’origine, souhaitait se démarquer de la perception de la psychanalyse comme « science juive ». Les premiers disciples de Freud étaient presque tous juifs ; les liens entre la psychanalyse et le Talmud ou la mystique juive, dont la Kabbale, ont souvent été (...)

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Algorithmocratie. L’économie numérique, un nouvel obscurantisme fondé sur la recherche de l’efficacité ?

L’essor de l’économie numérique repose sur les progrès de l’informatique qui permettent de collecter un volume incommensurable de données et de les traiter grâce à des capacités de calcul sans cesse accrues. « En 2013, il y aurait eu environ 1.200 exaoctets d’informations stockées dans le monde, dont moins de 2 % sous forme non numérique. Il est extrêmement difficile de se faire une représentation claire d’un tel volume de données. Seraient-elles sous forme de livres imprimés qu’elles couvriraient la superficie totale des États-Unis sur cinquante-deux strates d’épaisseur. Sous forme de CD-ROM empilés, elles s’étireraient jusqu’à la lune en cinq piles séparées. […] La croissance de la quantité d’informations (...)

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Israël-Palestine – 1967 : Six jours et un demi-siècle tous droits dans le mur

Ce 5 juin 2017, cela a fait cinquante qu’éclatait la « Guerre des Six Jours ». Cette guerre a eu des conséquences dramatiques, mais a également (et paradoxalement) ouvert une fenêtre d’opportunité à la normalisation israélo-palestinienne, avant de se refermer dans le sang et l’amertume. Retour sur cinq décennies qui ont profondément transformé les sociétés israélienne et palestinienne.

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Profession : demandeur d’emploi

Sous le titre « La journée type d’un demandeur d’emploi efficace », Pôle Emploi a publié une infographie censée aider les chômeurs à se comporter de manière adéquate. S’y déroule la journée du « demandeur d’emploi » modèle, qui combine vie saine, motivation sans faille et stratégies efficaces de recherche d’emploi.

On apprend que le chômeur n’a sans doute pas d’enfants, puisqu’il se lève à 7h45 et déjeune à 8h45, qu’une douche matinale permet de clarifier ses objectifs (sans doute est-ce une manière d’inviter le chômeur à les revoir quotidiennement à la baisse) et que le demandeur d’emploi lambda a un balcon sur lequel il peut boire son café. À 13 heures, et pendant une heure, il sera invité à répondre à des (...)

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Les mutins du HMS Brexit

A l’heure où « l’article 50 » va enfin être actionné par le gouvernement de Theresa May, l’Ecosse menace de prendre le large et l’Irlande du Nord connaît une poussée spectaculaire du Sin Fein, devenu tardivement pro-Européen. Il nous paraît dès lors instructif de revenir sur des dimensions sous-estimées du Brexit : les facteurs impériaux et nationaux. L’intérêt du cas britannique est de nous offrir un emboîtement de ces différents facteurs : les nations écossaises et d’Irlande du Nord [44] au sein d’un Royaume-Uni (UK) dominé par l’Angleterre post impériale, et cette dernière enchâssée « à l’insu de son plein gré » au sein de l’UE. Il nous indique aussi combien les dimensions nationales peuvent être têtues, ce (...)

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Experts médiatiques

Les médias d’information ont fréquemment recours à des « experts », c’est-à-dire des spécialistes interviewés dans le but d’éclairer un fait d’actualité, notamment lorsque celui-ci est présenté comme complexe ou spécialisé ou pour mettre en perspective ce qui est présenté comme un fait de société. Sociologues, climatologues, criminologues, sismologues et autres politologues sont devenus des figures récurrentes, presque banales, des plateaux de télévision et de la presse quotidienne ou hebdomadaire. Tout dossier journalistique un tant soit peu étoffé semble devoir donner la parole à au moins un « expert », et si possible à deux, qui pourra alors donner des éclairages différents, voire opposés, constituant par là (...)

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Enfants du hasard, un film de Thierry Michel et Pascal Colson

Parlant de Joli Mai, Chris Marker disait : « Ce film voudrait s’offrir comme vivier aux pêcheurs de passé de l’avenir. À eux de tirer ce qui marquera véritablement et ce qui n’aura été que l’écume. » [57] Il décrivait ainsi l’approche documentaire comme une proposition offerte en partage à des spectateurs et spectatrices. Dans le même esprit, Thierry Michel et Pascal Colson nous font cadeau de leur film Enfants du hasard en nous invitant à lui donner du sens ou des sens et cela sans jamais illustrer une idée ou démontrer un propos. Bien au contraire, ils donnent la parole aux images, au cadre, au montage, la matière visuelle et sonore consituant le message même. Le résultat est un film très dense que (...)

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Journée internationale de lutte pour les droits des femmes

La journée internationale de lutte pour les droits des femmes, c’est l’occasion de souligner que les mécanismes de la domination masculine sont à l’œuvre dans tous les champs de la société, en ce compris dans les milieux intellectuels et artistiques. Pire encore, même lorsqu’il s’agit d’analyser cette domination et les moyens de la contrer, les hommes ont souvent tendance à monopoliser l’attention voire la parole.

Pour ce 8 mars, La Revue nouvelle a choisi de prendre un contrepied radical, et de mettre en valeur quelques contributions d’auteures qui traitent de la domination masculine, des luttes et des revendications féministes.

Nous republions à cette occasion et en accès libre le dossier (...)

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Discriminons rentable !

Récemment invité à participer à un débat à Saint-Gall avec mon ami Josef Ackerman, « les transactions pénales : un modèle de justice sociale efficace », je me suis intéressé de plus près aux transformations du système belge.

On ne peut m’empêcher de penser que le gouvernement fédéral réalise, pour l’instant, un véritable prodige : il arrive, à force de réformes menées tambour battant, à abattre systématiquement les restes déjà vermoulus de l’État-providence à la belge. Les transactions pénales, ce moyen efficace de dispenser les riches d’assumer les délits forcément mineurs qu’ils commettent, constituent un merveilleux exemple de cette modification profonde de l’action publique dans le sens d’une protection accrue (...)

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L’illusion du repli national

Quelques années après une opposition massive de la population au Traité budgétaire européen, les récentes tensions autour du CETA, le Brexit ainsi que les échéances électorales « à risque » dans plusieurs pays fondateurs de l’Union européenne (UE) posent la question des mérites de l’appartenance à une UE sourde, dit-on, aux intérêts des citoyen(ne)s. Des voix s’élèvent pour réclamer la restauration de la souveraineté et de l’autonomie économique nationales au travers d’une sortie de l’Union.

Une telle démarche reviendrait à affronter seul la mondialisation et ses vecteurs de diffusion, c’est-à-dire essentiellement les marchés financiers et les grandes entreprises transnationales, lesquels mettent les territoires (...)

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Pologne, cimetières et solidarités

Quand il m’a parlé des visites au cimetière le 1er novembre, je me suis souvenu des récits d’Andrzej Stasiuk : « Le jour des Défunts » et « Les feux follets des morts » - publiés dans le mélancolique recueil Fado. J’ai découvert l’écrivain polonais il y a une dizaine années ; il vit dans les Carpates, près de la frontière ukrainienne, au pays des Lemkos - peuple ruthénien déporté lors de l’opération Vistule, en 1947. Ces récits aussi tranchants que tendres d’un Polonais sillonnant l’Europe post-communiste sont captivants. Les chemins de Stasiuk croisent souvent les miens, venus de l’autre côté : Transylvanie, Montagnes d’Albanie, plaine hongroise, Ukraine subcarpatique, Slovénie, Valachie, Pologne… Son regard (...)

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Néolibéralisme(s)

En mars 1984, La Revue nouvelle proposait un numéro spécial tout entier consacré aux néolibéralismes. Le pluriel était déjà de rigueur et les contenus visaient à montrer toute l’étendue du spectre de ce qui était décrit comme un « courant d’idées dominant et pour beaucoup relativement séduisant, notamment à partir de l’analyse globale qu’il propose de la société » [67]. Trente-trois ans plus tard, on ne peut plus réduire le néolibéralisme à un « amalgame d’idées » participant d’un même courant : au-delà d’un corpus doctrinaire, c’est à une réalité pratique que nous sommes désormais confrontés.

Les critiques des années 1960 considéraient les travaux des fondateurs du néolibéralisme comme de simples descriptions (...)

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Papiers pour tous ou tous sans papiers !

L’année 2015-2016 fut une année pour le moins agitée pour ceux et celles qui prêtent attention à la thématique migratoire, et de surcroit à la mobilisation de migrants en vue d’obtenir un titre de séjour en Belgique. L’accord du gouvernement Michel réduisait déjà à peau de chagrin les chances d’obtenir une grande campagne de régularisation tant revendiquée par les collectifs de migrants et les associations qui les soutiennent. Seule la procédure de la demande d’asile, dont les modalités et les droits attenants sont contenus dans la Convention internationale de Genève, devait désormais permettre d’être légalisé en Belgique. Mais ce fut sans compter avec la « crise des réfugiés » à l’été 2015, muée rapidement (...)

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Vous reprendrez bien 20 ans d’austérité ?

Début janvier, en guise de vœux pour la nouvelle année, le gouvernement fédéral a déposé au Parlement trois projets de loi qui touchent au cœur de notre modèle social. Sont visés : la Sécu, la loi salariale de 1996 et le « travail faisable et maniable » (dans un texte fourretout couvrant le calcul des heures de travail, le don de congé conventionnel, les temps partiels, les groupements d’employeurs…).

Ces textes sont de nature à bouleverser notre organisation sociale et économique et constituent d’importants reculs qui, s’ils avaient vu le jour en Grèce (pensons à la Troïka) ou en France (souvenons-nous de la « loi travail »), auraient suscité dénonciations et mobilisations citoyennes.

Heureusement (...)

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