Déshabiller Pierre pour habiller Pol-Henry du Chaussoy

Nombre de contribuables pestent contre le niveau d’imposition de notre beau Royaume. Les organismes de statistiques leur donnent d’ailleurs raison puisque la Belgique apparaît régulièrement au sommet du classement des pays qui taxent le plus. Cette statistique fut doublée il y a quelques années du jour de libération de l’impôt : cette donnée indique au contribuable de chaque pays à partir de quand il cesse de travailler pour gonfler les poches de l’État, pour profiter pour lui-même des revenus qu’il engrange. Pour la Belgique et pour l’année 2015, ce cap était franchi le 6 août. Ce type d’informations nourrit l’idée que la Belgique est frappée d’une « rage taxatoire ».

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L’échec devrait toujours faire réfléchir. Quelques réflexions sur le référendum du Brexit

Les électeurs du Royaume-Uni se sont prononcés pour une sortie de l’Union européenne. À peine le résultat des urnes était-il connu qu’une pétition parvenait à recueillir le chiffre record de plus d’un million de signatures en faveur d’un nouveau scrutin. Après tout, le référendum irlandais sur la Constitution européenne a bien dû être réorganisé pour finalement connaître une issue favorable (2008-2009, selon un scénario précédemment testé pour le vote du Traité de Nice en 2001-2002). Quelques jours plus tard, une autre pétition proposée sur le même site officiel du Royaume-Uni demandait que le match de huitième de finale opposant l’Islande soit rejoué.

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La gauche en ruines

Pour qui examine la situation actuelle, la gauche de l’échiquier politique semble soit un désert, soit un champ de ruines. Tandis que, chez nous, malgré sa cure d’opposition fédérale, le parti socialiste continue de baisser dans les sondages, en France, le PS au pouvoir ne convainc plus personne, s’embourbe dans des politiques de droite et mène une répression des mouvements sociaux que n’aurait sans doute pas osée le ministre de l’Intérieur Sarkozy. Pendant ce temps, en Grèce, Alexis Tsipras semble bien loin de l’espoir du retour de la gauche qu’il incarna lors de son élection, Podemos peine à accéder au pouvoir et la gauche anglaise semble esquisser un retour critique sur le blairisme. Quant au niveau (...)

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Belgique - L’État échoué

L’image du failed state renvoyée à la face de la Belgique par la presse internationale en a choqué plus d’un. Pourtant, les propres dirigeants de ce pays y ont recours depuis des décennies. Et cela fait plus de cinquante ans que la notion d’État échoué colle à l’image que la Belgique a d’elle-même : Belgiekske nikske, pays de singes, homme malade de l’Europe, unique pays au monde à compter deux démocraties mais pas cinq minutes de courage politique, etc. Un rappel historique de l’éditorialiste flamand Walter Pauli .

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Qui a tué Driss ? La trêve ou le sacrifice du bouc émissaire

Qui a tué Driss ? Qui lui a fait la peau bleue ? Footballeur professionnel pour le club de Heiderfeld, situé quelque part en Gaume, Driss Assani a été retrouvé mort dans la Semois, atteint d’une balle, les os brisés, le crâne défoncé. Récemment muté au village de Heiderfeld où il a vécu une partie de son adolescence, l’inspecteur Yoann Peeters conclut rapidement à un crime et est chargé de mener l’enquête. Toutefois, l’assassin n’est pas forcément le seul coupable. Si le bourreau est celui qui actionne la guillotine, c’est bien la foule qui amène l’agneau pantelant à l’abattoir : la dissection télévisuelle du petit village de Heiderfeld nous parle aussi de politique.

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La politique du vide, le vide de la politique

À peine le référendum anglais sur le Brexit s’était-il soldé par une victoire du Leave que Nigel Farage, le leader de UKIP, fanatique partisan de la sortie de l’Union européenne, était confronté à l’une de ses promesses. Allait-il, oui ou non, œuvrer à l’allocation au système de santé des 350 millions de livres sterling que, selon lui, le Royaume payait au titre de contribution à l’Union ? Face à la journaliste qui l’interrogeait, il tenta une esquive : il ne pouvait de toute évidence prendre un tel engagement. Mais voilà, elle lui rappela que c’était sa promesse personnelle et qu’elle était en outre au cœur de sa campagne… Immédiatement, les réseaux sociaux reproduisirent en boucle ses affiches, ses articles, ses interviews, ses clips de campagne, etc.

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Brexit : à quoi sert un scrutin ?

Les résultats du récent référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (Brexit) ont provoqué un déferlement de commentaires : campagne indigne, victoire du populisme et du racisme, absence d’un projet européen mobilisateur, trahison de Jeremy Corbyn, stratégie imbécile de David Cameron, etc. Il est un élément, cependant, qui retient l’attention parce qu’il indique la fragilité de nos systèmes démocratiques : il semblerait qu’une part non négligeable – mais aussi non chiffrable – des personnes ayant voté leave se prennent aujourd’hui à regretter leur choix. Ils pensaient pouvoir simplement émettre un vote de protestation sans conséquences, ils étaient convaincus que le remain l’emporterait, ils ont été mal informés, ils se sont mal renseignés, quoi qu’il en soit, ils ne voulaient pas vraiment que le Brexit l’emporte.

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Qui a peur d’Orlando ?

Orlando : A Biography est le titre d’un roman et le nom d’un personnage androgyne de Virginia Woolf, ouvrage dédié à celle qui fut son amante, Vita Sackville-West. Il raconte l’histoire et les incarnations successives, sur quatre siècles, d’un aristocrate de l’époque élisabéthaine qui, après un long sommeil, se réveille dans le corps d’une femme. En partie autobiographique, cette œuvre serait une allégorie de la bisexualité de Virginia Woolf et de Vita Sackville-West [1].

Par un étonnant hasard au regard des évènements tragiques de Floride, la ville d’Orlando et le personnage de Woolf trouveraient tous deux l’origine de leur nom dans une pièce de Shakespeare, As You Like it (Comme il vous plaira), dans (...)

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Entre « cable dissident » et assassinat de Jo Cox, le conflit syrien en panne de perspectives

Il y a quelques jours sortait dans la presse une note signée par 51 diplomates américains remettant en cause la politique américaine par rapport au conflit syrien. C’est une possibilité qui existe au sein du département d’État américain aux affaires extérieures de faire entendre un avis différent de celui défendu par l’administration en place. Ce mécanisme appelé « canal de dissidence » a été créé après la guerre du Vietnam pour offrir un soupape de sécurité face à une guerre qui était devenue trop controversée. En près de 45 ans d’existence jamais un « mémo de dissidence » n’avait été signé par autant de personnes. Toutes ces personnes sont impliquées à des degrés divers sur la Syrie et connaissent donc bien le sujet dont elles traitent. Retour donc sur le contenu de ce mémo et de l’évolution récente du conflit syrien.

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Les hommes (de Katoen) savent pourquoi

Il y a quelques mois, Le Gorafi, le site parodique de contre-information qui régale les amateurs de second degré, lançait son supplément Le Gorafi Madame. Ce jeudi 16 juin, les internautes ont pu croire quelques instants que son homologue belge, Nordpresse, qui sévit également sur Facebook dans le même registre, avait de la même manière inauguré un supplément calqué sur la presse économique, une sorte de Nordpresse Eco.
La raison de cette confusion ? Le titre d’une interview donnée à Trends par Fernand Huts, patron de Katoen Natie, une entreprise active dans la logistique dans le port d’Anvers et employant 13.000 personnes dans le monde : « La femme moderne brise l’esprit d’entreprise ». Rien de moins.

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Au travail ! Pour rien !

En septembre, entrera en vigueur une nouvelle législation permettant de contraindre un bénéficiaire du RIS (revenu d’intégration sociale) à s’engager volontairement à prester un travail non rémunéré, pour faire preuve de sa pleine soumission au système de mise au pas par la rareté du travail.

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Libéralisme carcéral

Depuis un mois et demi dure la grève des agents pénitentiaires. Depuis, les détenus n’ont que très épisodiquement accès aux douches et à du linge propre. Depuis, ils sont privés de visites et des rares activités organisées en prison.
Voilà un mois et demi que de belles âmes s’en offusquent, qu’il s’agisse de stigmatiser les syndicalistes qui abandonnent des milliers de personnes à un sort inhumain ou, au contraire, de rappeler que l’horreur actuelle n’est qu’une faible aggravation d’une scandaleuse situation quotidienne dont l’horreur ne nous gène ordinairement pas.

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Brexit save the Queen (or the Justus Lipsius) ?

Le 23 juin marquera le début de la phase éliminatoire de l’Euro 2016 et peut-être aussi l’auto-élimination du Royaume-Uni de l’Union européenne. C’est en effet ce jour qui se tiendra le référendum sur sa participation à l’UE.
David Cameron, le leader des Tories britanniques, s’était fait réélire en mai 2015 sur la promesse d’organiser ce référendum. Poussé par la frange eurosceptique des Conservateurs dont il cherchait le ralliement, il considérait que l’UE était une machine trop lourde à gérer et productrice d’une bureaucratie qui étouffe la vitalité de l’Archipel.

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Brexit : « Chickens have come home to roost »

Cette vieille expression anglaise proche de « On récolte ce que l’on a semé » pourrait résumer la situation politique en arrière-fond du référendum du 23 juin sur l’appartenance à l’Union européenne, où sont appelés à se prononcer les citoyens britanniques qui résident [12] dans le pays. Les clivages qui séparent les parties en présence renvoient aux atavismes solidement ancrés dans le paysage politique britannique : absence virtuelle de pluralité de presse sur le sujet et antagonismes de classe profonds, exacerbés par un Premier-ministre qui, en voulant ménager la chèvre et le chou au sein de son parti — et sans doute par la même occasion éviter de risquer sa carrière —, pourrait se retrouver dans la position peu enviable de celui par qui une crise internationale aux conséquences profondes se déclenche.

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Inscrire l’action syndicale dans l’économie du fossile

Marc Goblet, Secrétaire général de la FGTB, à propos des grèves et des inconvénients tantôt pour les étudiants, tantôt pour les automobilistes (et, même s’il n’y pense pas, nous ajoutons pour lui, tantôt pour les détenus !) : « Ça fait partie de l’action de faire en sorte que ça touche l’économie et dérange. C’est le seul moyen de faire prendre conscience aux dirigeants qu’ils doivent changer d’attitude. Ce qui est dommage, c’est que notre société va de plus en plus vers l’individualisme. On a perdu le sens de la solidarité tant qu’on n’est pas directement concerné. »

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Justice : faire taire les magistrats ?

Une image peut résumer la situation actuelle de la Justice : celle du palais de Justice de Bruxelles. Si vous le regardez vers le haut, « le Poelaert » donne à voir une coupole dorée qui scintille au soleil. Mais si votre regard se baisse au niveau du citoyen, il n’y a plus à contempler qu’un fatras d’échafaudages rouillés qui masque toute éventuelle beauté architecturale. C’est le parfait symbole de l’état actuel de la Justice !

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Bureau indigène

Anathème l’écrivait ici récemment : il fait bon vivre chez nous. C’est surtout le cas lorsque l’on peut trainer le samedi matin avec un café et lire la totalité du quotidien que le facteur glisse aimablement dans la boite aux lettres dès potron-minet. Comme ça, on est sûr de ne rien manquer du supplément économique et de sa rubrique « Acteurs ».

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Creuser sa propre tombe

Alors que la grève des agents pénitentiaires bat son plein, que les détenus sont mal nourris, ne bénéficient que d’une douche tous les six jours, que privés de visites et de promenades la chaleur rend les fous, il est des citoyens pour ne pas perdre la tête et garder le sens des priorités.

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Handicap, citoyenneté et inclusion sociale

La philosophe politique américaine Martha Nussbaum notait, il y a quelques années, qu’« il reste trois problèmes de justice sociale non résolus dont le manque d’attention qui leur est porté dans les travaux théoriques est particulièrement problématique », le premier de ces problèmes étant celui de « rendre justice aux personnes ayant des handicaps physiques ou mentaux [14] ». Bien que les travaux de Nussbaum aient contribué à dynamiser le débat sur cette question dans le champ des théories de la justice sociale, le constat qu’elle faisait garde toute son actualité aujourd’hui et il ne doit pas se limiter aux travaux théoriques : l’attention publique portée aux questions de justice sociale eu égard aux (...)

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SNCB : halte à la croissance ?

Chaque jour, 845.000 personnes empruntent un des trains circulant sur le réseau de la SNCB. Qu’il voyage dans un omnibus, un intercity ou un nouveau train S, l’usager a aujourd’hui l’impression d’être un mal-aimé. Parfois compressés, parfois en retard ou encore pris aux pièges des luttes sociales syndicales, les navetteurs sont depuis quinze ans, de plus en plus nombreux. Cependant, cette tendance se tasse. La SNCB a-t-elle été victime de son succès ? Ou est-ce son pouvoir de tutelle qui ne lui a pas donné les moyens de poursuivre son expansion ? Ou est-ce son mode d’organisation et son fonctionnement qui ont été défaillants ?

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Dangereuses victimes

Précisons-le d’emblée : je ne considère pas les terroristes comme des personnes recommandables. Bien entendu, il est impardonnable de tuer aveuglément, de mutiler, d’endoctriner, de terroriser. Bien entendu. Cependant, il faut leur reconnaître au moins une qualité – au-delà de leur dévouement à leur cause – celle de nous aider à colmater les failles de nos systèmes de sécurité. Grâce à eux, nous prenons conscience des dangers liés à la multiplicité des accès aux gares, du manque de policiers, de l’intérêt considérable de faire patrouiller les militaires en rue et de la nécessité absolue de laisser la bride sur le cou aux services de sécurité. Le procédé est peut-être radical, mais il faut se réjouir que nous soit donnée l’occasion d’améliorer notre société. Sans eux, ce n’aurait sans doute pas été possible pour une société qui a fait de l’atermoiement un art de vivre.

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Il y a pire que nous…

Récemment, dans un billet sur les blogs du Monde [17], j’évoquais une série de questions que posaient, à notre société et à notre système politique, les récents attentats de Bruxelles. L’idée était d’indiquer que la réponse était certainement moins sécuritaire que politique, qu’elle tenait moins au quadrillage de notre société qu’à sa juste organisation.

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Le processus de Kimberley a-t-il un avenir ?

Le commerce de diamants est connu pour son rôle dans le financement des conflits armés. Depuis treize ans, un système international de certification des diamants — le processus de Kimberley — lutte pour endiguer le lien entre conflits et « diamants de sang ». En dépit des résultats positifs clamés par les défenseurs du processus, la réalité sur le terrain semble pourtant moins rose. Alors que l’Union européenne examine en ce premier semestre 2016 un projet de réglement visant à bannir les « minerais du sang [20] », se pencher sur Kimberley est salutaire, tant les leçons à en tirer peuvent nous aider à être les architectes d’une législation plus efficace…

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La route de la servitude intellectuelle

Les récents débats par cartes blanches interposées sur le « néolibéralisme » ont été l’occasion de nombre d’interprétations contradictoires de cette notion, voire même de remise en question de l’existence du courant de pensée « néolibéral ». Il nous semble pertinent de revenir sur la signification de ce terme pour mieux en comprendre la portée. Une telle démarche est indispensable pour pouvoir fonder une critique du néolibéralisme qui puisse être connectée aux réalités vécues au quotidien dans le fonctionnement de toutes les institutions étatiques.

Voilà donc qu’une magistrate, Manuella Cadelli, qualifie de « fascisme » le « néolibéralisme » [22]. Et voilà que les réseaux sociaux s’emballent. L’affaire est (...)

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Innocente Belgique ?

Aussi étrange que cela puisse paraître, les Belges tendent à être orgueilleux. Non de cet orgueil qui fait penser que l’on est destiné à apporter les Lumières au monde, mais d’un orgueil inversé. Ils aiment se penser ouverts, accueillants, débonnaires, se croire insignifiants, habitants fortuits d’un pays issu du hasard des conflits des XVIIIe et XIXe siècles… Ils apprécient de rire de leurs puissants voisins aux poses matamoresques.

Certes, ils sont souvent l’objet de moqueries, mais celles-ci les confortent dans leur conviction de leur insignifiance. Ils supportent du reste mal la critique : eux seuls peuvent porter atteinte à leur honneur et ils ne s’en privent pas. De temps en temps, ils aiment (...)

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