Le FN pose-t-il les bonnes questions ?

Les dernières élections départementales françaises furent, une fois de plus, l’occasion d’assister à une victoire du Front national. Certes, il faut concéder que ce parti ne contrôle toujours aucun département, mais avec un score en hausse — 22% pour l’ensemble des départements en jeu, à 3% du Parti socialiste — force est de constater que le FN est solidement ancré dans le paysage politique français.

Ce dernier scrutin marque notamment l’échec du pari de Sarkozy : tailler des croupières au FN, le vider de sa substance en incarnant une droite décomplexée n’hésitant pas à combattre l’extrême droite sur son terrain. Manuel Valls incarne cette même option, celle du discours musclé, de l’action spectaculaire et de la focalisation sur les quelques dossiers favoris du FN. De l’extrême droite à la droite complexée, en passant par la décomplexée, il n’est bien entendu question, chez aucun de ces protagonistes, de mener de nouvelles politiques. Lutte contre l’immigration, course au plein-emploi, contrôle sécuritaire des populations, les recettes sont celles de toujours, l’enjeu étant d’en incarner le défenseur le plus crédible.

Revient alors à l’esprit le mot si souvent cité de Laurent Fabius qui, plutôt que de se casser une jambe ce jour-là, affirma que le FN posait de bonnes questions, mais y apportait de mauvaises réponses. Reprise mille fois, cette antienne rassurante a permis, depuis 1984, de valider une vision d’extrême droite des défis des sociétés européennes.

En effet, une situation n’est problématique que dans un contexte particulier, lequel est constitué, bien entendu, de situations concrètes, mais également des lectures qui en sont faites et des projets d’une société donnée. En Communauté française, un taux de 10% d’analphabétisme peut être considéré comme alarmant en 2015, alors qu’il tenait du rêve en 1915. De la même manière, une dette publique de 100% du PIB, un taux d’inactifs de 20%, un taux de natalité de trois enfants par femme ou un accès à l’eau potable de 50% de la population apparaitront-ils tour à tour comme des épouvantails ou comme des objectifs ambitieux, à la hausse ou à la baisse.

Il faut donc rappeler qu’une question (politique) n’est pas bonne ou mauvaise en soi, mais uniquement lorsqu’elle nous permet, d’une part, d’interroger une réalité particulière (20% de chômage des jeunes dans un pays riche ou pauvre, alors que la main-d’œuvre manque ou pas) et, d’autre part, d’assoir une vision du monde et un projet de société (une vie digne comme récompense d’un mérite ou comme droit inaliénable). (...)

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