Dangereuses victimes

Précisons-le d’emblée : je ne considère pas les terroristes comme des personnes recommandables. Bien entendu, il est impardonnable de tuer aveuglément, de mutiler, d’endoctriner, de terroriser. Bien entendu. Cependant, il faut leur reconnaître au moins une qualité – au-delà de leur dévouement à leur cause – celle de nous aider à colmater les failles de nos systèmes de sécurité. Grâce à eux, nous prenons conscience des dangers liés à la multiplicité des accès aux gares, du manque de policiers, de l’intérêt considérable de faire patrouiller les militaires en rue et de la nécessité absolue de laisser la bride sur le cou aux services de sécurité. Le procédé est peut-être radical, mais il faut se réjouir que nous soit donnée l’occasion d’améliorer notre société. Sans eux, ce n’aurait sans doute pas été possible pour une société qui a fait de l’atermoiement un art de vivre.

Lire la suite

Il y a pire que nous…

Récemment, dans un billet sur les blogs du Monde [2], j’évoquais une série de questions que posaient, à notre société et à notre système politique, les récents attentats de Bruxelles. L’idée était d’indiquer que la réponse était certainement moins sécuritaire que politique, qu’elle tenait moins au quadrillage de notre société qu’à sa juste organisation.

Lire la suite

Le processus de Kimberley a-t-il un avenir ?

Le commerce de diamants est connu pour son rôle dans le financement des conflits armés. Depuis treize ans, un système international de certification des diamants — le processus de Kimberley — lutte pour endiguer le lien entre conflits et « diamants de sang ». En dépit des résultats positifs clamés par les défenseurs du processus, la réalité sur le terrain semble pourtant moins rose. Alors que l’Union européenne examine en ce premier semestre 2016 un projet de réglement visant à bannir les « minerais du sang [5] », se pencher sur Kimberley est salutaire, tant les leçons à en tirer peuvent nous aider à être les architectes d’une législation plus efficace…

Lire la suite

La route de la servitude intellectuelle

Les récents débats par cartes blanches interposées sur le « néolibéralisme » ont été l’occasion de nombre d’interprétations contradictoires de cette notion, voire même de remise en question de l’existence du courant de pensée « néolibéral ». Il nous semble pertinent de revenir sur la signification de ce terme pour mieux en comprendre la portée. Une telle démarche est indispensable pour pouvoir fonder une critique du néolibéralisme qui puisse être connectée aux réalités vécues au quotidien dans le fonctionnement de toutes les institutions étatiques.

Voilà donc qu’une magistrate, Manuella Cadelli, qualifie de « fascisme » le « néolibéralisme » [7]. Et voilà que les réseaux sociaux s’emballent. L’affaire est (...)

Lire la suite

Innocente Belgique ?

Aussi étrange que cela puisse paraître, les Belges tendent à être orgueilleux. Non de cet orgueil qui fait penser que l’on est destiné à apporter les Lumières au monde, mais d’un orgueil inversé. Ils aiment se penser ouverts, accueillants, débonnaires, se croire insignifiants, habitants fortuits d’un pays issu du hasard des conflits des XVIIIe et XIXe siècles… Ils apprécient de rire de leurs puissants voisins aux poses matamoresques.

Certes, ils sont souvent l’objet de moqueries, mais celles-ci les confortent dans leur conviction de leur insignifiance. Ils supportent du reste mal la critique : eux seuls peuvent porter atteinte à leur honneur et ils ne s’en privent pas. De temps en temps, ils aiment (...)

Lire la suite

Étrangler l’État ? Jamais !

Grande fut la surprise de la population lorsqu’elle apprit récemment qu’il y avait un trou dans le budget et qu’il faudrait le combler. Il n’était bien entendu pas question d’accroître les recettes. Vous pensez bien, puisqu’on refuse de percevoir les 700 millions d’euros de cadeaux indus que nous avons faits aux multinationales, ce malgré une condamnation européenne, nous n’allions pas faire cracher les riches au bassinet pour si peu qu’un contrôle budgétaire.

De toute façon, le citoyen a pris le pli de l’austérité. Trente ans qu’il en bouffe, il commence à intégrer l’idée que tout ce qui lui vient de l’État est une prébende illégitime. Et, plus il est pauvre, plus ce soutien est indéfendable. Ne parlons (...)

Lire la suite

Climat, dix ans après Stern, dix semaines après Paris

En octobre 2016, cela fera dix ans que Sir Nicholas Stern jeta son pavé (littéralement : 662 pages quand même !) dans la mare en présentant son rapport sur le cout des changements climatiques qui lui avait été commandé par Gordon Brown, ministre des Finances britanniques de l’époque. Pour la première fois, un économiste avec une solide réputation établie notamment à la Banque européenne de reconstruction et de développement, puis à la Banque mondiale (dont il fut vice-président) monétise les changements climatiques. Et ses conclusions sont alarmantes puisqu’il avance que ces phénomènes pourraient entrainer une chute du PIB/tête allant jusque 20% ! À titre de comparaison, cette baisse est similaire à celle (...)

Lire la suite

Analphabétisme économique ou hystérie austéritaire démoniaque ?

« Le gouvernement fédéral va devoir trouver plus de 2 milliards pour combler le "trou" dans le budget 2016. Pour la N-VA, les économies devraient passer en grande partie par une gestion plus sévère de l’assurance-maladie et de l’assurance-chômage. Les nationalistes flamands sont dans la droite ligne de ce que leur chef avait déjà annoncé dans son discours de rentrée en janvier de cette année. Bart De Wever avait alors expliqué que les inévitables dépassements budgétaires imposés par la crise migratoire et la menace terroriste devaient être compensés par des économies sur la Sécu. » C’est ainsi que Le Soir résume la situation et la dernière saillie inepte de la N-VA.

Il est vrai que, à l’origine, le (...)

Lire la suite

Hétéronomes homonégatifs ?

L’Ukraine, pays machiste et terre des Femen, se démène comme elle peut dans sa position frontalière d’éternel « étranger proche ». Les évènements de Maïdan ont cependant fait surgir un nouveau spectre menaçant d’engloutir la patrie de Chevtchenko : la Gayrope ou « Euro-Sodom ». Agissant comme une pierre de touche et un révélateur, la question des droits des minorités sexuelles ouvre des réflexions beaucoup plus globales sur les liens entre homonégativité et hétéronomie religieuse assumée ou voilée.

Une très instructive série d’articles, en cours de publication sur le site du réseau de revues européennes Eurozine, dont La Revue nouvelle est membre, est consacrée à l’Ukraine, et plus particulièrement à « L’Ukraine (...)

Lire la suite

Élections, piège à con

Comme le disait François Morel dans son billet radiophonique du 4 mars, sur France Inter, on peut être un excellent candidat à la présidence et un mauvais président. Les Français, déçus de leur président actuel [38], frustrés du grand homme qu’ils cherchent à travers l’histoire, tâtonnent. S’il peut être utile d’écouter ce que les humoristes ont à nous dire – ils ne sont pas souvent plus ridicules que les philosophes médiatiques, par exemple – force est de reconnaître qu’ensuite, M. Morel s’égare dans des considérations sur les concours de miss.

Lire la suite

Respecter les travailleuses pour relancer l’économie

Il y a quelques mois, paraissait dans une indifférence quasi générale un brillant rapport conçu conjointement par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, le SPF Economie, le Bureau fédéral du Plan abordant de long en large la question de l’écart salarial. À travers les nonante pages, Hildegard Van Hove et les sept statisticiens qui l’accompagnent décortiquent le phénomène sous tous les angles possibles en analysant les moindres recoins du marché du travail, ou plutôt des marchés du travail, celui des hommes et celui des femmes. Les multiples dimensions de l’écart salarial

L’écart salarial varie selon la période prise en compte pour son calcul : sur la base des salaires mensuels bruts moyens (...)

Lire la suite

De la croissance, en veux-tu, en voilà !

Depuis que l’indicateur abstrait du PIB a été conçu en 1934 par Simon Kuznets à la demande du Congrès américain soucieux d’évaluer l’impact de la Grande Dépression sur l’économie, il est devenu le nouvel opium du peuple, l’idole des économistes et le fétiche des décideurs politiques. Au cours des décennies s’est forgée dans la conscience collective l’idée qu’une croissance économique rendait acceptable les inégalités car elle offrait une perspective de mieux être pour tous même s’il fallait attendre que les entreprises et individus les mieux placés sur les marchés (du travail, des biens et services, des capitaux) se servent d’abord. C’est ce que les économistes appellent le « trickle down » (« ruissellement » en (...)

Lire la suite

Pour une démocratie de confort

Comme il est commode d’hériter. Moi-même qui dus mon trône à mon père, je sais qu’il est doux, le moment venu, de se parer d’une hermine qu’il n’a fallu ni tuer ni dépecer. Il en va ainsi de tout héritage. Quel bonheur que de pouvoir, sans l’once d’un talent, régir une commune, diriger un parti, présider aux destinées d’un peuple, rouler en Jaguar de fonction, prendre du bon temps sur sa plage privée, dormir au chaud et dîner sous un lustre de cristal.

Lire la suite

Mobilité à Bruxelles : une piste comme solution

L’administrateur délégué de BECI aurait plaidé récemment pour un investissement public dans l’entretien des tunnels routiers bruxellois. Bruxelles est en effet confrontée à la fermeture de nombre de ceux-ci, ce qui explique le retard effroyable qu’a pris ce mardi mon chauffeur UberX pour me déposer au Parlement européen, où je devais apporter mon expertise en marge d’une réunion officieuse de représentants des groupes parlementaires (un « shadow »), portant ce faisant un dommage incommensurable aux procédures démocratiques dudit Parlement.

Lire la suite

Pour un français qui ressemble aux Français

Hier, une annonce a provoqué un tollé : celle de la prise en compte, par les éditeurs de manuels scolaires, d’une réforme de l’orthographe vieille de 26 ans. Le scandale n’était pas celui du rythme de mise à jour des supports pédagogiques, mais la disparition de bizarreries de la langue française, au premier rang desquelles une série d’accents circonflexes muets, comme celui qui orne coût. « Tout fout le camp », « on brade la langue », « on nivèle par le bas » (de la part de gens ne sachant pas qu’ils usaient déjà de la réforme de l’orthographe), « s’ait un scandal, on ruine la bauté de la langue » (les Dysorthographiques anonymes), « le niveau baisse » ; tout y est passé.

Levée de boucliers réactionnaire ? (...)

Lire la suite

Compromis à la belge, entre sésame et relique

La Belgique se vit comme une terre d’élection du compromis en politique. Il est vrai que la construction de compromis fait partie du fonctionnement effectif de tout régime démocratique, voire de tout régime politique qui cherche des formes minimales de partage des pouvoirs et qui entend dépasser la violence. À fortiori dans un pays comme la Belgique, où, depuis l’institution du suffrage universel (masculin) au XIXe siècle, le régime électoral a tout misé sur une organisation à la proportionnelle plutôt que majoritaire. Où, également, la société dans son ensemble, y compris le champ politique, se trouve traversée de part en part par des clivages qui se croisent au lieu de se superposer et suscitent entre (...)

Lire la suite

Imbéciles islamophobes

Il y a quelques jours, à la piscine de Coxyde, s’est déroulé un drame. Un réfugié nageait, une jeune fille criait, la police débarquait et embarquait les protagonistes. Rapidement, le récit se répandit de l’agression sexuelle d’une jeune fille par un réfugié. Aussi rapidement, se fit jour chez le bourgmestre le projet d’interdire l’entrée de la piscine aux réfugiés [41], sans doute selon une tradition bien établie qui veut qu’à chaque incident, on exclue la catégorie de personnes concernée : hommes, gamins à shorts voyants, vieilles à bonnets à fleurs, prêtres ou employés des postes… Bien entendu, la presse en ligne relaya « l’événement », faisant assaut de reprises de déclarations officielles, de conditionnels (...)

Lire la suite

« L’école, c’était mieux avant »

Les récentes « révélations » sur la perte de vocabulaire des élèves décelée par des institutrices inquiètes du phénomène, après avoir été et répercutées dans certains journaux du groupe Sudpresse, ont allègrement été relayées sur les réseaux sociaux. Nul doute qu’elles seront bientôt l’occasion de quelques questions parlementaires qui, à l’heure où j’écris ces lignes, sont sans doute déposées au greffe du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ou en passe de l’être. Elles ont certainement impliqué, pour un attaché de cabinet débordé, un laborieux travail d’inventaire de mesures prises et à prendre « pour l’excellence ».

Or, qu’apprend-on dans le cadre de ces « révélations » ? Que « le niveau baisse », que le « (...)

Lire la suite

Nos générations perdues, un vivier inépuisable pour les Dardenne

2016 marque l’entrée de la crise dans sa huitième année et la sortie du tunnel est sans cesse repoussée.

Ceux qui ont probablement le plus trinqué sont les cohortes d’étudiants sortis des études durant cette période. Ils arrivent à reculons sur un marché du travail obstrué, un peu comme les esclaves de la Rome antique pénétraient dans l’arène où les attendait un sort que personne ne leur enviait. Les plus chanceux – et encore cela se discute – enchaîneront de petits boulots. La plupart exerceront des métiers à des années-lumière des matières qu’ils ont étudiées (environ 10% des travailleurs et bien davantage pour les jeunes). Rares sont ceux qui décrocheront le Graal : l’emploi de leur rêve en phase avec leur (...)

Lire la suite

Le sommaire du dernier numéro